Note 554: La Ricordanne. Sans doute les montagnes de Rouergue, situées entre Clermont et Montréal. Voyez plus haut, Gestes de la vie de St LOUIS Chap. III.

A celle feste furent mains haus princes et mains haus barons qui grant joie menèrent pour l'amour du roy. Pour ce mariage, en signe de paix, le roy d'Arragon quitta à tous les jours perdurablement au roy de France et à ses hoirs tout le droit et toute la seigneurie qu'il avoit en la cité de Carcassonne, en celle de Bigorre et en celle de Amilly[555]; et le roy de France luy quitta tout le droit qu'il avoit en la conté de Besac[556], et de Dampire et de Roussillon, et deBarselonne: ce fu fait l'an de grace deux cens soixante et deux.

Note 555: Amilly. C'est Milhau, dans le Rouergue, sur la rivière de Tarn. Le latin dit: Amiliavo.

Note 556: Besac. Besalu.—Dampire. Ampurias.

LXXXIX.

ANNEE 1263.

De la mort au conte Simon de Lincestre.

Assez tost après avint que un chevalier de la nascion de France, noble en armes, sage homme du siècle, estoit nommé Simon de Montfort. Ice Simon mit grant paine de destruire le vice de heresie d'Albigois: pour la prouesce qui estoit en luy le roy Henry d'Angleterre luy donna sa seur en laquelle il engendra cinq enfans: Henry, Simon, Richart, Guy, Amaurry; et une fille qui fu mariée au prince de Galles.

Le roy manda ses prélas et ses barons, et tous les plus nobles hommes de son royaume, et tint son parlement en la cité de Londres[557]. Si parlèrent de l'estat du royaume et des coustumes du pays. Si parla un chevalier, et dist que le royaume de France estoit bon, fort et vertueux des gens d'Angleterre, pour ce qu'il y aloient demourer; et laissoient leur propre pays, pour ce qu'il n'y povoient mouteplier, pour la coustume du païs qui est telle que le premier des enfans a tout, et les autres sont povres et eschis[558]; et convient que il voisent querre leur soustenance en France et ès estranges contrées, par quoy Angleterre n'est point si plaine de gens comme sont ces estranges contrées. Mais sé il partoient[559] ainsi comme il font en France, il entendroient à labourer les terres et les boscages, et le peuple se monteplieroit[560]. «Par la pitié Dieu,» dist le roy, «je m'accort que ainsi soit-il fait, et que ceste mauvaise coustume soit abatue.»

Note 557: Londres. Ou plutôt Oxford.