Note 558: Eschis. Dépouillés.

Note 559: Partoient. Partageoient.

Note 560: Ce précieux passage relatif au droit d'aînesse ne se trouve que dans les Chroniques de Saint-Denis. Nangis se contente de dire: «Accidit… quod rex Angliæ, barones et prælati unanimiter consentirent in quamdam constitutionem ad utilitatem reipublicæ, ut dicebant.» Il faut conclure de cet endroit de nos chroniques que le droit exclusif d'aînesse ne fut jamais admis en France comme en Angleterre, si ce n'est dans les provinces qui avoient suivi la loi anglaise, comme la Bretagne et la Normandie. Dans les autres parties de la France, le droit se bornoit à un avantage, un préciput que le premier né avoit sur ses frères. Il ne faut pas oublier non plus que notre Chronique de Saint-Denis fut pour la vie de saint Louis rédigée au XIVème siècle, et que, par conséquent, le rédacteur s'exprimoit conformément à la coutume admise encore de son temps.

A ce s'accordèrent les pluseurs des barons du pays, et vouldrent qu'il fust affermé par le serement. Quant vint au jurer, le conte Simon leur dist que il gardassent bien coment il feroient le serement; car en nulle manière, puis qu'il auroit juré à garder la constitucion, il n'iroit contre son serement. Assez tost après, le roy et les barons orent autre conseil, et rappellèrent la dicte constitucion que il avoient promise à garder par leur serement, et vouldrent que le conte Simon rappellast son serement: et il respondi que il n'iroit jà[561] contre son serement, né jà par luy ne seroit faussé.

Note 561: Jà. Jamais.

Pour ceste chose mut grant hayne et grant contens entr'eus. Le roy Henry et Edouart son fils assemblèrent grant ost contre le conte Simon; et Rogier le conte de Glocestre, et ceus de Londres vindrent contre le roy à bataille et assemblèrent delès une abbaye que l'en nomme Leaus[562]. Tant férirent et chaplèrent ensemble que le roy fu mené à desconfiture, et ne pot durer contre la force au conte Simon. Si s'en fouy en l'abbaye de Leaus et cuida eschaper. Mais le conte Simon le quist tant qu'il le trouva, et le mist en un chastel et commanda qu'il fussent gardés luy et Edouart son fils honnestement.

Note 562: Leaus. Lewes.

Nouvelles vindrent au roy de France que le roy Henry d'Angleterre estoit en prison par le commandement Simon de Montfort; si en fu dolent et courroucié. Si ala à Bouloigne sur mer et manda le conte Simon. Sitost comme il oï le mandement, il vint à Bouloigne et parlèrent ensemble de la paix. Et requist le roy au conte Simon qu'il délivrast le roy Henry et son fils de la prison, et il les accorderoit ensemble, si que le conte Simon y auroit honneur et prouffit: et il respondi que jà ne s'accorderoit, sé la constitucion que le roy avoit jurée n'estoit gardée et commandée à tenir fermement.

Quant le roy de France vit qu'il ne pourroit oster le conte Simon de son propos, si luy donna congié de retourner. Si tost comme il fu retourné, il[563] prist en sa main par la volenté du commun peuple, les chastiaux et les forteresces du pays; et firent aliances ensemble, luy et le conte de Glocestre, qu'il garderoient les choses communes au proffit du roy et du royaume. Si comme le conte Simon et celluy de Glocestre deurent donner seurté l'un à l'autre, il se descordèrent et s'entredistrent paroles despiteuses, et despartirent par mautalent. Quant il furent départis, le conte Rogier pensa en son cuer coment il pourroit dommagier le conte Simon. Si envoia par malice le meilleur destrier et le plus isnel qu'il eust à Edouart, au chastel où il estoit, en autrui nom que le sien. Sur lequel destrier Edouart monta et s'en fouy de la prison au conte Simon, et s'en vint au conte de Glocestre; et firent aliances ensemble d'aler contre le conte Simon qui garde ne s'en donnoit; ains avoit baillié grant partie de sa gent à Simon son fils pour ce qu'il alast parmi le pays pour assembler vitaille.

Nte 563: Il. Le comte Simon.