Bouchart de Vendosme vit une porte ouverte, si se féri au chastel tout le premier et Jehan son frère. Là se combatirent asprement les deux frères, et férirent tant à dextre et à senestre, qu'il firent voie à ceux qui après eux venoient et que la porte fu toute pourprise de la gent du conte, et que François y entrèrent communément.

Quant ceux du chastel se virent si avironnés, il furent si espoventés qu'il commencièrent à fouir. Un escuier qui aloit après le conte de Vendosme, prist sa banière et la porta en une haute tour, si que ceux qui dehors estoient là porent veoir; si commencièrent à corre vers le chastel, et entrèrent ès portes viguereusement; et quanqu'il encontrèrent de leur anemis mistrent à l'espée, et prisrent le chastel qui moult estoit bien garni de vins et de viandes.

XCII.

ANNEE 1266.

Coment le roy se conseilla aux barons.

Le premier jour de quaresme fu le chastel de Saint-Germain pris. Quant l'ost de France se fu reposé, le roy Charles s'en ala après ceux qui s'en estoient fouis de Saint-Germain. Quant il sorent que le roy venoit après eux, si s'en alèrent à Mainfroy leur seigneur qui estoit logié devant Bonnivent en une plaine. Le conte Gauvain et le conte Jourdain rassemblèrent leur gent, car il furent moult dolens du meschief qui leur estoit avenu: si donnèrent conseil à Mainfroy qu'il attendist le roy Charles à bataille; et le roy ala tant avant qu'il fu près de l'ost Mainfroy qui estoit jà tout ordenné à bataille ès plains de Bonnivent.

Si tost comme le roy Charles et sa gent orent monté une montaingne, il virent l'ost Mainfroy tout appertement. Si s'arrestèrent et prisrent conseil qu'il feroient d'aler sus Mainfroy? Aucuns looient que l'en attendist jusques à l'endemain, pour les chevaux qui estoient travailliés, et, avec ce, il estoit près de midi: les autres distrent tout le contraire, car se les anemis qui estoient tous près de combatre appercevoient que il ne venissent à eux, il cuideroient qu'il eussent paour. Si comme il parloient ensemble, Gilesle Brun connestable de France, qui avoit en garde le fils au conte de Flandres et sa gent, dist au roy: «Quoique les autres facent, je me combatray et iray tout maintenant sus mes anemis.» Quant le roy oï le conseil Giles le Brun, il pensa un pou et luy fu advis qu'il disoit bien et voir: si commanda que tous fussent armés, et fu conseillié qu'il fissent trois batailles en conroy[572], ainsi comme Mainfroy avoit fait. Maintenant sonnèrent trompes et buisines pour les François esmouvoir à batailles.

Quant il furent armés et tous près de combatre, le roy les amonesta et leur dist: «Seigneurs qui estes de France nés, dont tant de prouesces sont et furent jadis racontées, ne vous combatez pas pour moy, mais pour saincte églyse, de laquelle auctorité vous estes absous de tous vos péchiés. Regardez vos anemis qui despisent Dieu et saincte églyse, et qui sont escommeniés, qui est commencement de leur mort et de leur dampnacion. Et si sont de diverses nacions né ne sont pas d'une créance né d'une foy. Ne véez vous coment il se sont contenus à Saint-Germain l'Aguillier, qui leur estoit souverain refuge contre toute gent?»

Note 572: Conroy. Ordre.

XCIII.