Note 158: De Jouy. Le Gallia christiana le nomme Guillaume de
Dongeon
.

En celle année, droit au mois de décembre, Pierre de Cappes, le devant dit cardinal, assembla[159] conseil général de tous les prélas du royaume de France, d'archevesques, d'évesques, d'abbés et de prieurs conventuaux. Le roy qui bien pensoit qu'il vouloit mettre son royaume en entredit y envoya ses messages, et appela en plain conseil à la court de Rome; mais toutesvoies le légat qui point ne déporta l'appel, jetta la sentence en la présence de tous les prélas du conseil, et puis commanda qu'elle ne fust dénonciée né publiée, jusques après le vintiesme jour de Noël.

Note 159: A Dijon.

Quant le terme qu'il eut mis fu passé, la sentence fu publiée, si fu toute France entredite. Tant fu le roy courroucié de ceste chose qu'il bouta hors de leur sièges tous les prélas de son royaume, pour ce qu'il s'étoient assentis à l'entredit: à leur chanoines et à leur clers tolli tous leur biens et commanda qu'il fussent tous chaciés de sa terre, et que toutes les rentes et les fiefs qu'il tenoient de luy feussent saisis. Les prestres mesme qui manoient ès paroisses fist-il aussi bouter hors, et les fist despouiller de tous leur biens: et, plus, en comble de tout mal, il enclost au chastel d'Estampes la royne Ingebour s'espouse, saincte dame et religieuse et aournée de toutes bonnes mœurs. Si ne pot à tant refrener sa perversité, ains troubla toute France, chevaliers, bourgeois et paysans. Il tailla les chevaliers et leur hommes, et leur tolli la tierce partie de tous leur biens; et leva de ses barons tailles et exactions plus grans que il ne povoient souffrir.

XIX.

ANNEE 1201.

Coment la pais fu réformée entre le roy Phelippe et le roy Jehan. Et coment le roy reprist la royne Ingebour sa femme.

En l'an de l'Incarnacion mil deux cens, au mois de may fu la paix refourmée entre le roy Phelippe de France et le roy Jehan d'Angleterre entre Vernon et l'isle d'Andely; si est plus plainement contenu ès instrumens authentiques qu'il firent séeler de leurs seaux, coment celle paix fu confermée et la terre entr'eux divisée[160].

Note 160: Ce traité de paix, qu'on peut lire dans les Historiens de
France
, tome XVII, p. 51, porte la date de Goleton.

Avant qu'il se partissent de ce lieu, Loys le fils le roy Phelippe espousa madame Blanche, fille Alphons le roy de Castelle et niepce Jehan le roy d'Angleterre, qui pour l'amour de ce mariage quitta à monseigneur Loys toute la terre, tous les chastiaux et toutes les forteresses plainement que le roy Phelippe avoit devant conquis sur le roy Richart son frère, et plus luy fist-il de grace qu'il luy quita toute la terre qu'il tenoit de çà la mer, s'il avenoit qu'il mourust sans hoir de son corps.