Quant le roy oï ceste nouvelle, il fist assembler son ost au chastiau de Mante; puis le livra au conte de Saint-Pol et au devant dit Juchiau à ducteurs et à chevetaines. Quant il furent là venus, il assaillirent le chastel moult vertueusement, et le prist par force le conte de Saint-Pol, et y mist bonne garnison de par le roy, et le livra en garde au devant dit Juchiau: après s'en retourna l'ost en France.

Quant tous les barons et prélas furent semons à Mante pour cel ost, si comme nous avons devant touchié, il envoièrent leur hommes et leur chevaliers en cel ost au commandement le roy; mais l'évesque d'Orléans et cil d'Aucuerre retornèrent en leur païs et ramenèrent leur homes et leur chevaliers, né point ne vouldrent obéir au commandement le roy ainsi comme les autres; car il disoient qu'il n'estoient point tenus d'aler né d'envoier leur gens en l'ost sé le roy meisme n'aloit en propre personne. Et pour ce qu'il ne se porent deffendre en ce cas de nul privilège de droit, et coustume commune fust contr'eux, le roy leur commanda qu'il amendassent la briseure de son commandement. Faire ne le voudrent; pour ce saisi le roy leur regale, c'est assavoir les temporalités tant seulement que il tenoient de luy en fié; mais il leur laissa joïr paisiblement des dismes et des autres esperitualités; car il se doubtoit adès de couroucier saincte églyse et ses ministres.

Quant leur biens temporels furent ainsi saisis, il mistrent en intredit les hommes et la terre le roy; puis murent en propres personnes à la cour de Rome, et si monstrèrent leur cause en complaingnant à l'apostole. Mais toutesvoies convint-il qu'il amendassent au roy la briseure de son commandement, pour ce que le pape ne vouloit brisier né rappeller les coustumes du royaume. Quant il l'orent amendé et l'amende payée, le roy, au chief de deux ans, leur rendi leur regales et tout quanqu'il avoit saisi du leur.

Ci fine le secont livre des gestes au roy Phelippe-Dieudonné.

CI COMENCE LE TIERS LIVRE DES GESTES LE ROY PHELIPPE DIEUDONNÉ.

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I.

ANNEE 1208.

Coment l'érésie des Amorriens fu atainte et punie.

En celuy temps flourissoit à Paris philosophie et toute clergie, et y estoit l'estude des sept ars si grant et en si grant autorité que on ne treuve pas que il fust oncques si plenier né si fervent en Athènes né en Egypte né en Rome né en nulle des parties du monde. Si n'estoit tant seulement pour la delitableté du lieu né pour la plenté des biens qui en la cite habundent, mais pour la paix et pour la franchise[194] que le bon roy Loys avoit tousjours portée, et que le roy Phelippe son fils portoit aux maistres et aux escoliers et à toute l'université. Si ne lisoit-on pas tant seulement en celle noble cité des sept sciences libéraux[195], mais de décrès, de loys et de phisique, et sus toutes les autres estoit leue par plus grant ferveur et par plus grant estude la saincte page de théologie.