En l'an de L'Incarnacion mil deux cens et treize, le roy et les barons appareillèrent leur navie pour passer en Angleterre, si comme il avoient ordonné devant. La raison pour quoy il vouloient passer si estoit pour rétablir les évesques d'Angleterre en leur sièges qui jà longuement avoient esté en essil au royaume de France; et pour renouveler le service Nostre-Seigneur qui n'avoit esté célébré en Angleterre de sept ans tous plains; et pour ce qu'il fist Jehan sans terre, selon l'interprétation de son nom, pour les maux et pour les desloyautés que il avoit faictes: car il avoit occis en sa prison le conte Artus de Bretaingne son nepveu, si avoit pendu plusieurs enfans que il tenoit en hostages, et pluseurs autres desloyautés que il avoit faictes.
Et pour ce que il se doubtoit que le roy Phelippe ne passast outre, pour ses méfais punir, il pacifia au clergié à temps et puis envoya ses messages à l'apostole. Et le pape envoya en Angleterre Panulphe son diacre qui réforma la paix entre le roy et son clergié. Mais celle composition valut à la restitution des églyses tant seulement, et non mie à la solution des choses tollues, jasoit ce qu'il eust juré l'un et l'autre, et qu'il y fust tenu par son serement.
En celle année reçut le roy en grace et en amour Ingebour, la royne s'espousée, fille au roy de Dannemarce; de luy avoit esté dessevré de son auctorité, seize ans et plus. Moult eut le peuple grant joie de ceste chose, car en la personne le roy n'avoit nul autre vice né chose qui fist à blasmer, fors seulement que il luy soustraioit la debte de sa char[211]. Car il luy faisoit amenistrer toujours assez largement et honnourablement toutes ses nécessités: si n'est mie de merveille sé ceux orent joie de ceste conjunction qui avant se douloient de la dissencion qui est[212] contraire à si grant vertu.
Note 211: La debte de sa chair. «Suæ carnis debitum.» C'est là ce que l'auteur de la chanson du Berte aux grans pieds appelle: La droicture qu'on doit à sa moillier.
Note 212: Il falloit ici avec le latin: Qui estoit.
V.
ANNEE 1213.
De la bataille qui fu en Lombardie contre ceux de Milan et ceux de Pavie.
Incidence.—En celle année fu une bataille en Lombardie en la terre de Cremonne. Car en l'an qui devant eut esté, si comme ceux de Pavie conduisoient Federic, le nouvel empereur, en la cité de Cremonne, ceux de Milan se combatirent à eux près d'une cité qui est nommée Laude[213]: si n'avoit que cinquante-trois ans que le grant Federic l'avoit fondée, qui aieul eut esté à celluy Federic qui lois estoit empereur. Ceux de Milan n'osèrent envaïr ceux de Pavie en la présence l'empereur, ainçois attendirent tant que il[214] l'orent convoié jusques à Cremonne.
Note 213: Laude. Lodi.