Note 214: Il. Les gens de Pavie.
En ce que il s'en retournoient, il saillirent soubdainement de leur embuschement et les seurprindrent tous despourveus, comme ceux qui d'eux ne se donnoient garde. Pour ceste raison conceurent ceux de Pavie et ceux de Cremonne mortel haine contre ceux de Milan, mais il pourloingnièrent la vengence de ce fait jusques en lieu et en temps. Ceux de Milan qui de perpetuel haine ont hay le linage le grant Federic qui jadis les eut tous desconfis en bataille par l'aide des Pavignons, abatues et planées jusques en terre toutes leur tours, n'attendirent pas tant que ceux de Pavie se meussent contre eux pour leur honte vengier, ains issirent à grant ost et envaïrent la terre de Cremonne: mais les Cremonnois issirent contr'eux à bataille à tout leur forces. Leur eschieles ordonnèrent qui moult estoient mendres que celles de leur ennemis. Avant jurèrent tous sur sains que sé il avenoit que il eussent bataille, que nul n'entendroit à proye né à homme rendre, fors à trespercier la bataille, à occire et craventer leur ennemis. Et pour ce que la sollempnité de Pentecouste afferoit à celle journée, il mandèrent et supplièrent à leur ennemis que il leur voulsissent mettre la bataille à l'endemain pour la hautesce du saint jour. Mais ceux de Milan qui de tousjours heent les sains jours (et ont adès[215] de coustume que il nourrissent et soustiennent la partie des bougres et des hereses comme ceux qui de tel vice sont corrompus), ne s'i vouldrent accorder. Et pour ceste raison meismement que il doubtoient que leur force ne creust en si pou de temps, puis que ceux de Cremonne virent que combattre leur convenoit, il se combatirent à eux en l'espérance de l'aide Nostre-Seigneur, en la manière que il avoient juré et proposé. Et les desconfirent assez briement. Ne demoura pas long-temps après que ceux de Milan orent leur force rappareillée, et entrèrent à grant ost en la terre à ceux de Pavie et assistrent un leur chastel. Ceux de Pavie issirent hors contr'eux à batailles ordennées. Quant ceux de Milan les virent venir ainsi chaux et engrés d'eux combatre, il boutèrent le feu en leur heberges pour retarder et pour refrener leur force. Ceux de Pavie qui moult estoient entalentés de combatre trespassèrent parmi les feux ainsi comme tous forsenés, à eux se combatirent et les chacièrent honteusement du siège; maint en occistrent et prisrent; à leur tentes retournèrent, et prisrent tentes et paveillons, et toute leur vaisselemente et quanqu'il trouvèrent en leur heberges.
Note 215: Adès. Toujours. Ce mot doit avoir été formé de «tota Die.» On disoit aussi: Tot adès dans le même sens.
En telle manière furent desconfis ceux de Milan deux fois en un an, en vengence Nostre-Seigneur, pour le grant crime de diverses hérésies dont il sont entechiés, et pour la faveur que il portoient à Othon, empereur escommenié et déposé.
VI.
ANNEE 1213.
Coment le roy s'appareilla pour aler en Angleterre, et coment le conte Ferrant, le conte Regnaut et Guillaume-Longue-Espée et les autres pristrent les nefs le roy.
En celle année assembla le roy grant ost et le conduit droit à Bouloigne. Là demoura aucuns jours pour attendre ses nefs et ses gens qui venoient de toute part; puis trespassa jusques à une bonne ville qui a nom Gavaringues[216], si siet sur la contrée de Flandres sur le rivage de la mer d'Angleterre; si fist après luy venir toute sa navie. A celuy pays et ville devoit le conte Ferrant venir au roy et luy amender quanques il avoit vers luy mespris. Quant le roy eut attendu tout le jour entier, Ferrant qui ne regarda né foy né vérité en ce que il faisoit aux autres, ne vint né ne contremanda, jasoit ce que le jour eust esté assigné à sa requeste. Sur ce le roy se conseilla à ses barons qui jà estoient venus de France, de Bourgoigne, de Normandie, d'Acquitaine et de toutes les provinces du royaume de France: par leur conseil laissa son propos que il avoit de passer en Angleterre. Si retourna en Flandres et prist un chastel qui avoit nom Cassel, et puis toute la terre jusques à Bruges. Sa navie qu'il avoit laissiée à Gavaringues fist venir après luy par mer jusques au port de Dan[217], qui est deux milles loing de Bruges; il ala d'illec à Gant: mais il laissa un pou de chevaliers et de sergens pour garder la navie qui estoit demourée au port de Dan: car il avoit encore en propos de passer en Angleterre après ce que il eust Gant conquis.
Note 216: Gavaringues. Gravelines.
Note 217: Dan. Damme.