Note 220: De l'ospital. Hospitalier du Saint-Jean de Jérusalem.

En ce temps se desmist aussi Geffroy l'évesque de Meaux, et entra en l'abbaye Saint-Victor de Paris, pour ce que il peust mieux donner entente à contemplacion. Cil Geffroy estoit saint homme et religieux; entre les autres œuvres de saincteté que il faisoit, merveilleusement et vertueusement faisoit abstinence telle que nul homme n'oï oncques parler de sa pareille: car chascun an en la quarantaine et en l'advent, il ne béust jà né ne goustast de soustenance corporelle que trois fois en la sepmaine, et en ce temps mengoit et buvoit petit, et teles viandes dont nul ne daignast gouster pour l'amertume et pour la très grant aspreté que elles sentoient. Après luy tint l'éveschié Guillaume, chantre de Paris; et lors furent trois frères de père et de mère, évesques tout en un temps de trois cités: Estienne de Noyon, Guillaume de Paris, et Pierre de Miaux; et furent fils le vieux Gaultier, chambellan de France, et frères au jeune Gaultier qui estoit homme assez digne de louenge et assez noble et renommé au palais le roy.

VIII.

ANNEE 1214.

De la croiserie d'Albigois et de la noble victoire que le conte Simon de Montfort ot à Muriaux.

En l'an de l'Incarnacion mil deux cens et treize, fu une bataille en la terre d'Albigois. Car quant le pape eut envoié le pardon au roy, aux barons et aux prélas qui croisier se vouldroient pour destruire l'hérésie et la bougrerie des Albigois, mains barons et autres, plains de la foy Nostre-Seigneur, se croisièrent et mistrent les crois par devant (à la différence de la croiserie d'oultre mer). Pierre archevesque de Sens, Regnault archevesque de Rouen, Robert évesque de Baieux, Jourdan évesque de Lisieux, Regnaut évesque de Chartres. Des barons: le duc Eudes de Bourgoigne, Hervis conte de Nevers, et mains autres barons et prélas dont nous laissons les noms pour la confusion.

Tous ceus se croisièreut pour destruire l'hirésie que l'apostole eut devant escripte à Thimotée à avenir, vers la fin du monde. Il murent au voiage qu'il avoient empris, pour l'amour Nostre-Seigneur; à la cité de Bediers vindrent qui toute plaine estoit de bougres, toute la craventèrent et fondirent, et occistrent bien en celle ville seulement soixante mille hommes[221] et plus. Puis vindrent à Carcassonne, en pou de temps fu prise; tous les hommes et les femmes du pays et des villes voisines qui là estoient afuys à garant pour la forteresce du lieu, boutèrent hors par condicion devant pourparlée, tous nus, les natures sans plus couvertes[222].

Note 221: Plusieurs manuscrits de l'auteur original, Guillaume-le-Breton, donnent seulement 17,000 hommes, ce qui seroit encore de trop sans aucun doute. Mais n'oublions pas que les récits contemporains penchent à l'exagération dans le nombre des victimes et dans les détails de la cruauté des combattans. C'étoit autant d'exemples salutaires que l'on proposoit aux princes moins enflammés pour les expéditions du même genre. L'auteur du poème dernièrement publié par M. Fauriel sur la guerre des Albigeois, rejette sur les Ribauds (arlots) le massacre général des habitans de Beziers. La ville ayant été prise d'assaut, on comprend une pareille barbarie de pareils vainqueurs.

Note 222: C'est-à-dire: Tous nus, à l'exception des parties naturelles.

Quant il orent destruit tout l'original de celle lignée, il proposèrent à retourner en France. Mais avant qu'il s'en partissent, il appellèrent la grace du Saint-Esperit, et esleurent le conte Simon de Montfort pour gouverner l'ost de Nostre-Seigneur, qui au pays demouroit au service de Dieu. Et le preudomme qui eut plus chier le commun prouffit des églyses que le sien proprement, reçut volentiers l'avouerie[223] de la bataille Nostre-Seigneur, les villes et les chastiaux prist, les principaux de l'hérésie fist de male mort mourir. Mainte grant bataille eut au pays par l'aide Nostre-Seigneur et eut mainte belle victoire, non mie par fait d'homme mais par miracle, desquels nous voulons cy retraire un qui bien est digne de mémoire.