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Ut benè regna regas, per que benè regna reguntur,
Hec documenta legas que libri fine sequntur:
Ut mandata Dei serves priùs hoc tibi presto,
Catholice fidei cultor devotus adesto.
Sancta patris vita per singula sit tibi forma,
Menteque sollicitâ sub eâdem vivito norma.
Ductus in etatem sis morum nectare plenus,
Fac geminare genus animi per nobilitatem.
Si judex fueris, tunc libram dirige juris,
Nec sit spes eris, nec sit pars altera pluris.
Et si bella paras in regni parte vel extrâ,
Certè litus aras nisi dapsilis est tibi dextra.
Cor quorum lambit sitis eris, unge metallo;
Non opus est vallo quem dextera dapsilis ambit.
Clamat inops servus, moveat tua viscera clamor,
Nec minuatur amor dandi si desit acervus.
Non te redde trucem cuique, nec munere rarum,
Murus et arma ducem nusquam tutantur avarum
Militibus meritis thesauri claustra resolve
Allice pollicitis, promissaque tempore solve.
A quel roi Philippe ces vers furent-ils adressés? L'abbé Lebeuf et dom
Bouquet, qui les avoient reconnus dans le seul manuscrit de Ste-Geneviève,
n'ont pas un instant douté qu'ils n'eussent été faits pour
Philippe-le-Hardi. Le cinquième vers latin semble les avoir décidés:
«Sancta patris vita per singula sit tibi forma.»
En me rangeant à leur avis, je dois soumettre aux lecteurs quelques observations:
1° Ces vers, conservés par deux manuscrits, celui de Sainte-Geneviève, le plus ancien, et celui de Charles V, le plus recommandable, terminent dans ces deux leçons, non pas la vie de Philippe-le-Hardi, mais celle de Philippe-Auguste. Bien plus: dans le volume de Sainte-Geneviève, la main qui a tracé la vie de saint Louis est évidemment moins ancienne que celle du scribe des Gestes de Philippe-Auguste et des vers que nous venons de transcrire.
Si donc le vers latin cité, si les allusions faites par l'ancien traducteur au règne de Philippe-le-Hardi (voyez, entre autres lieux, le début du règne de Hugues Capet), ne permettent pas de fixer avant le règne du fils de saint Louis l'époque de la première compilation françoise de nos Grandes chroniques de France; d'un autre côté, l'endroit où les vers françois ont été transcrits et la solution de continuité qui se fait remarquer depuis la fin du règne de Philippe-Auguste jusqu'au commencement du règne de saint Louis prouvent que le premier historiographe s'est arrêté avant l'histoire de Louis VIII, et que c'est à un second historiographe que nous devons la rédaction des gestes de saint Louis.
Ainsi les vers furent bien adressés à Philippe-le-Hardi par le premier chroniqueur françois son contemporain; mais l'ouvrage qu'ils accompagnoient ne se poursuivoit pas encore au-delà du règne de Philippe-Auguste. Voilà pourquoi je conserve à ces vers la place qu'ils occupent dans les deux seuls manuscrits où je les aie vus. Quant au traducteur, qui Primas est nommé, j'en parle dans les dissertations qui termineront le dernier volume.