Quant messire Robert vit que ses gens estoient ainsi fuis, si monta tantost et ne tarda oncques jusques à tant que il fu à Cassel sus le Mont; et là cuida bien estre tué de ses gens, né onques n'i fu à sauveté jusques à tant qu'il fu à Ypre. Puis, vous dirai du duc de Bourgoigne qui estoit entré en la ville de Saint-Omer, et là se reposoient toutes ses gens d'armes. Toute la nuit coururent destriers par les champs, et les gens ne savoient où aler; mais deux chevaliers qui estoient à l'évesque de Terouane, qui faisoient le guet et ne savoient riens de la bataille, vindrent courant jusques bien près des tentes, si ne virent âme. Et quant vint en l'aube du jour, si virent que tous s'en estoient alés. Tantost entrèrent ès tentes et pristrent du plus bel et du meilleur qu'il trouvèrent, si qu'il furent tous chargiés. Et l'endemain, quant on le sceut en ville, là peust-on veoir maint homme à pié et à cheval courre au gaaing, et ne fina onques toute jour d'amener chars et charetes, chargiés de tentes et d'autres estoffes de guerre; et gaaignèrent si grant avoir que ce fu grant merveille.
Et moururent bien ilec douze cens chevaux que on fist tous ardoir pour la punaisie; et fist-l'en jetter les mors en grans charniers[492].
Et messire Robert d'Artois qui estoit à Ypre n'i osa plus demourer, ains s'en retourna en l'ost du roy d'Angleterre qui estoit devant Tournay. Et fu le pays de Flandres si desconfis que mil homes d'armes eussent bien desconfit tout le pays jusques à Bruges. Quant le roy d'Angleterre sceut la desconfiture qui avoit esté faite devant Saint-Omer, si fist toute sa gent passer l'Escaut et asségier la ville de Tournay tout entour.
Le roy de France qui avoit assemblé un si grant ost que oncques greigneur à peine ne fu veu au royaume de France, s'estoit venu logier à Ayre, l'endemain de la bataille, à un prioré que on appelle Saint-Andrieu; et l'endemain sceust la nouvelle coment la chose estoit alée; et là luy apporta-l'en unes lettres desquielles la teneur fu telle:
XXII.
De la teneur des lettres que le roy d'Angleterre envoya au roy de France.
«De par Edouart, roy de France et d'Angleterre, seigneur d'Yrlande;
«Sire Phelippe de Valois, par lonc-temps vous avons poursuivi par messages et en pluseurs autres manières, afin que féissiez raison à nous, et que vous nous rendissiez notre droit héritage du royaume de France, lequel vous nous avez de lonc-temps occupé à grant tort; et pour ce que nous voyons bien que vous entendez de persévérer en vostre injurieuse détenue et sans nous faire raison de notre droiturière demande, sommes-nous entrés en la terre de Flandres comme seigneur souverain d'icelle, et passés parmi le pays. Et vous signefions que pris avons l'aide de Nostre-Seigneur Jhésus-Christ, et avec le povoir dudit pays et avec nos gens aliés, regardant le droit que nous avons à l'héritage que vous nous détenez à grant tort, nous nous traions vers vous pour mettre brief fin sur notre droiturière demande et chalenge. Si, vous voulons aprochier, et pour ce que si grant povoir de gens d'armes qui viennent de nostre part et que bien cuidons que vous averiés de par vous ne se pourroient mie tenir longuement assamblés sans faire grant destruction au peuple et au pays, laquelle chose chascun bon crestien doit eschiver, et espéciaument prince et autre qui se tient pour gouverneur de gent, si desirons moult que brief jours se préissent pour eschiver mortalité de peuple; et ainsi que la querelle est apparissant à nous et à vous, la destruction de nostre chalenge se féist entre nous deus, laquelle chose vous offrons par les choses dessus dites, combien que nous pensions bien la grant noblesse de vostre corps et votre sens et avisement. Et au cas que vous ne voudriez celle voie, que adonc fust mise ens nostre chalenge pour affermer bataille de vous-meismes avec cent personnes des plus souffisans de votre part et nous-meismes à autretant; et se vous ne voulez ou l'une voie ou l'autre, que vous nous assignez certain jour devant la cité de Tournay pour combatre, povoir contre povoir, dedens dix jours après la date de ces lettres. Et les choses dessus dites voulons être congneues par tout le monde, et que en ce estre notre désir, non mie par orgueil né par outrecuidance, mais pour que Nostre-Seigneur mette repos de plus en plus entre crestiens; et pour ce que le povoir des ennemis Dieu fust résisté et crestienté essauciée. Et la voie que sus ce vouldrez eslire des offres dessus dites escrivez-nous par le porteur de ces lettres, en luy faisant hastive délivrance. Donné sous nostre grant scel, à Elchin-sus-l'Escaut, delès Tournay, en l'an de grace mil trois cent quarante, le vint-septiesme jour de juillet.»
XXIII.
De la response des lettres que le roy Phelippe envoia au roy d'Angleterre.