Quant le roy de France et son conseil orent veues ces lettres, tantost envoia response au roy d'Angleterre sus ceste forme:

«Phelippe, par la grace de Dieu, roy de France, à Edouart, roy d'Angleterre.

»Nous avons veues unes lettres aportées en notre court, envoiées à Phelippe de Valois, esquelles lettres estoient aucunes requestes. Et pour ce que lesdictes lettres ne venoient pas à nous, et lesdictes requestes n'estoient pas à nous faites, ainsi comme il appert par la teneur desdictes lettres, nous ne vous en faisons nulle response. Toutes voies, pour ce que nous avons entendu, par lesdictes lettres et autrement, que vous estes embatu en nostre royaume de France en portant grant dommage à nous et à nostre dit royaume et au peuple, meu de volenté sans point de raison, en non regardant ce que homme lige doit garder à son droit seigneur, car vous estes entrés en nostre hommage, en nous recognoissant, si comme raison est, roy de France; et avés promis obéissance, telle comme on la doit promettre à son seigneur lige, si comme il appert par vos lettres patentes scellées de votre grant scel, lesquelles nous avons par devers nous, et en devez autant avoir par devers vous. Notre entente est, quant bon nous samblera, de vous chacier hors de nostre royaume, à l'honneur de nous et de nostre majesté royale et au profit de notre peuple. Et, en ce faire, avons-nous ferme espérance en Jhésus-Christ, dont tous biens nous viennent. Car, par vostre emprise qui est de volenté non raisonnable, a esté empeschié le saint voiage d'Oultre-mer, et grant quantité de crestiens mis à mort, et le service de Dieu apéticié et sainte Églyse aornée de moins de révérence. Et de ce que vous cuidiez avoir les Flamens en aide, nous cuidons estre certains que les bonnes gens et les communes du pays se porteront en telle manière envers nostre cousin, le conte de Flandres leur seigneur, qu'il garderont leur honneur et leur loyauté; et pour ce qu'il ont mespris jusques à ore, ce a esté par mal conseil de gens qui ne gardoient pas au profit commun, mais au profit de eux tant seulement. Donné sus les champs, à la prioré Saint-Andrieu, delès Ayre, sous le scel de nostre secrétaire, en l'absence de notre grant scel, le trentiesme jour de juillet, l'an de grace mil trois cent quarante[493]

XXIV.

Des haus princes qui estoient en l'ost le roy de France.

Endementres que le roy de France fu à Saint-Andrieu et qu'il ot receues les lettres du roy anglois, ainsi comme vous l'avez oï par avant, envoièrent ceux de Tournay à luy que, pour Dieu, il les voulsist secourre, car leur ennemis les avoient si environnés que nul vivre ne povoit à eux entrer. Et tantost y envoia le roy le duc d'Athènes[494], le visconte de Thouars, le visconte d'Aunay, le seigneur Pierre de Fauquegny, le conte d'Aucerre, le seigneur de Craon et son frère, monseigneur Guy Tulepin, le seigneur de Chasteillon en Touraine, le fils au conte de Roussi, le dauphin d'Auvergne, le seigneur de Clisson, le seigneur de Laillac, le seigneur de Biaugieu, le seigneur de Saint-Venant, le frère à l'évesque de Mès, et Ourri Thibaut. Tous ceux-ci estoient à banière et avoient bien avecques eux deux mille hommes, et s'en alèrent droit à Cassel. Mais les Flamens avoient pris le mont tout environ, et estoient au devant. Quant il virent ce, si boutèrent feu partout, et cuida-l'en par le feu et les fumées faire lever le siége de Tournay. Puis vindrent à St-Omer; l'endemain, vinrent à heure de prime, et s'en alèrent par toute la terre au conte de Bar[495], ardant et essillant, et ainsi s'en retournèrent en l'ost.

Lors assembla le roy de France grant conseil, à savoir mon sé il enterroit en la terre de Flandres à tout son ost ou sé il iroit vers Tournay. Mais à ce conseil avoit le conte de Flandres amis qui virent bien que, sé le roy fust entré en Flandres, tout le pays eust esté essillié, et pour ce luy loèrent d'aler vers Tournay.

Quant le roy eust ylec séjourné huit jours, si fist mouvoir son ost, et chevaucha continuellement jusques à tant qu'il vint à trois lieues de Tournay, à une ville que on appelle Bouvines, et là se loga assez près de ses ennemis. Or vous dirai les haus princes qui estoient en l'ost du roy de France.

Premièrement le roy de Behaigne, le roy de Navarre, le duc de Normendie, le duc de Bourbon, le duc de Bretaigne, le duc de Bourgoigne, le duc de Lorraine, le duc d'Athènes, le conte d'Alençon, le conte de Flandres, le conte de Savoie[496], le conte d'Armignac, le conte de Bouloigne, le conte de Bar, l'évesque de Liége, le conte de Dreux, le conte d'Aubemalle, le conte de Bloys, le conte de Sancerre, le conte de Juilly, le conte de Roussi, et maint autres haus hommes desquiels longue chose seroit à raconter les noms. Or, vous dirai après d'aucuns barons qui furent de la partie au roy d'Angleterre.

Premièrement, ledit roy en sa personne, messire Robert d'Artois, le conte de Harrefort, le conte de Noyrantonne, le conte Derby, le conte de Hantonne, le conte d'Arondel, le baron d'Estanfort, le duc de Breban, le duc de Guerle, le conte de Haynau, monseigneur Jehan son oncle, le marquis de Juliers, le conte de Mons, le conte de Chigni, le sire de Fauquemont, Jaques de Artevelt à toute la commune de Flandres. Tous ceux-ci avoient assis Tournay; mais il n'i firent onques assaut fors de getter pierres, excepté un jour que je ne sai quans sergens d'armes du roy issirent de la ville avec le connestable; et vinrent en la rue des forbours, et rencontrèrent une route d'Alemans et d'Anglois, et férirent ylec ensemble; mais tant crut la force des Anglois qu'il convint les François retraire. Ce fu tout le fait d'armes qui fu fait à ce siége.