Et en icest an ensement, Alfons et Ferrant fils Blanche fille du saint roy Loys de France, et de Ferrant l'ainsné fils au roy de Castelle, de long-temps mort, qui du droit de la dignité royale et de excellence à eux donné par Alfons leur aïeul, estoient du tout en tout privés et degetés, et pour ce en France estoient comme essiliés; quant il entendirent du roy leur oncle qui mort estoit, si prisrent leur erre[147] et requistrent et envaïrent Espaigne; et firent convenances à Jaques le roy d'Arragon. Et lors par l'aide de luy et de son frère Pierre, et ensement du fils Jehan le petit[148] d'Espaigne, le royaume de Legions[149] premièrement envaïrent, et à eux du tout en tout le soumistrent; lequel Alfons l'ainsné à Jehan son oncle, qui en s'aide estoit venu par mer, ottroia et donna à tenir de luy en fié. Pour ce fait, il attrait merveilleusement les cuers de sa gent à luy.
En ce meisme an mourut pape Célestin qui déposé s'estoit par avant de la papalité; et en icel an Pierre et Jaques dits de la Colompne, cardinals, afermoient la déposition du pape Célestin avoir esté indeuement faite; et que la promocion de Boniface estoit injuste et irraysonnable: et par ce maintenoient la cour de Rome estre en erreur. Quant le pape Boniface sot ce, si les priva de tout honneur et office de cardinalté et de tous bénéfices de saincte églyse.
En ce meisme an, Florent le duc de Hollande, et assez tost après son fils, furent d'un chevalier traiteusement tués. Laquelle mort Jean conte de Haynaut voult vengier par droit d'affinité et de lignage, et fist tant qu'il conquist à soy Frise et Hollande.
Et en iceluy meisme an, la cité de Pamers fut séparée de l'éveschié de Thoulouse, et en y ot propre évesque en la dite cité par l'autorité du pape Boniface.
XVI.
De la baillie du centième et du cinquantième.
En icest an ensement, fut une exaction que l'en appelle maletoulte, par le royaume de France, premièrement seulement des marcheans; de rechief le centième et le cinquantième de tous les biens de chascun, tant de clers comme de lais, pour cause de la guerre en ice temps décourant entre le roy Phelippe de France et le roy d'Angleterre, fu commenciée. Pour laquelle chose, pape Boniface fist un décret par sentence que sé les roys et les barons de toute crestienté, dès lors en avant, des prélas ou des abbés ou du clergié, sans le conseil de l'églyse de Rome, telles exactions prenoient, ou les évesques, abbés ou clergié telles choses leur donnoient, la sentence et excommeniement par ice fait encourroient; de laquelle, fors au péril de la mort, ne pourroient de nul estre absols fors que du pape de Rome ou de son commandement espécial.
XVII.
De la prise Jehan de Saint-Jehan et de pluseurs autres.
En icest an ensement, Emons, le frère au roy d'Angleterre qui estoit envoyé en Gascoigne contre la gent au roy de France, mourut à Bayonne. Après la mort duquel endementiers que les villes et les chastiaux, les gens au roy d'Angleterre tenans sa partie appareilloient à garnir de vitaille, Robert conte d'Artois qui un pou devant avoit esté envoyé du roy de France, estoit là venu. Quant il entendi ce par ses espieurs, il empescha incontinent et isnellement les Gascons et gens du roy d'Angleterre. Car comme il fussent sept cents hommes à cheval et cinq mille à pié, le gentil conte avec sa gent qu'il amenoit fors batailleurs, si fort envaï l'ost des ennemis que les Gascons s'enfuirent; et les enchaça, et des greigneurs d'Angleterre à mort accraventa bien cent ou environ; et ilec fu pris Jehan de Saint-Jehan, et Guillaume le jeune de Mortemer avec autres nobles d'Angleterre; et furent envoiés ainsi comme chaitis en France. Adont le conte de Lincole et Jehan de Bretaigne furent chaciés de la bataille, et là laissièrent et perdirent toute leur garnison avec leur appareil de bataille que il menoient; et pour certain sé la nuit ne feust si tost venue et les bois n'eussent esté si près, nul de ceste multitude de gent n'en fust eschapé. Adont ne fu dès lors en avant qui envers le conte d'Artois où les François osassent en bataille aler né venir.