XVIII.
Du renoncement Robert fils au conte de Flandres à l'omage le roy de France.
En cest an ensement, Gui le conte de Flandres, par Robert son fils déceu si comme l'en dit, appareilla appertement à soi mouvoir et eslever contre son seigneur le roy de France Phelippe, et luy manda par ses patentes lettres à Paris que nulle chose il ne tenoit de luy en fié, né en autre quelconque chose ou manière il ne se réputoit à luy estre sougiet.
Et en cest an ensement, au moys de décembre, en la veille Saint-Thomas apostre, avint aussi à Paris que le fleuve de Seine s'escrut en tele manière que de nul aage né remembrance de home ne treuve l'en en escript si grant croissance né ravine d'iaue à Paris avoir ondoié: car toute la cité fu si de toutes pars raemplie, ençainte et avironnée, que de nulle part en la ville sans navie l'en ne pooit entrer, né par un pou par toutes les rues ne pooit aucun aler sans aide de batiaux. Et lors pour la pesanteur de l'yaue et la grant ravine du fleuve, les deux pons de pierre, et avec ce les moulins qui dessus estoient fondés et fais, et le Chastellet de Petit pont, de tout en tout trébuchièrent et chéirent; et lors il convint par huit jours des viandes de hors aporter ès nefs et ès batiaux, pour secourre à ceux de la cité de Paris.
XIX.
Coment Alfons d'Espaigne rendi tout pour délivrer son oncle de la prison.
ANNÉE 1297 En l'an de grace après ensuivant mil cent et quatre-vingt et dix-sept, Alfons et Ferrant frères, et neveus le saint roy Loys, viguereusement et forment envaïssans Espaigne embatirent paour à tous les ennemis de leur renom et de leur advènement; auxquiels vint lors leur oncle messire Jehan qui escrut et enforça moult et eux et leur gent: car par iceluy reçurent abandon villes et chastiaux pluseurs; lequel messire Jehan, comme follement après alast sur les anemis, il fu pris: et Alfons le sien neveu noble et gentil ne le pot autrement ravoir sé toutes les choses qu'il avoit conquises ne rendist et restablist. Et lors, par la grant libéralité et franchise de son cuer trait et demené, pour iceluy rendi tout, estimant greigneurs estre les richesses d'amis que de avoir des choses de ce monde muable copie né habondance[150]. Lequel Jehan, le vice d'ingratitude encourant, s'en vint droit à ses ennemis et le royaume de Légions qu'il avoit pris du don de son nepveu rendi aux anemis d'iceluy Alfons. Adonques Alfons, quant il ot toutes ces choses perdues, par son grant courage seurmontoit toutes choses adverses, ramenant à mémoire le très haut lignage des rois de France dont il estoit descendu. Comme il n'eust ville né chastel où il trouvast refuge, lors, contre l'opinion des siens qui conseil luy avoient donné de retourner en France ou en Arragon, aux chams devant un chastel se mist et arresta, et fist tendre ses trés et fichier ses tentes; mieux voulant, pour droit et pour justice et son droit requerant, mourir que retourner sans honneur et sans victoire. Duquel Alfons le seigneur du chastel apercevant la sagesce, luy et sa gent, par sa pitié, introduit et mena en son chastel, par l'aide duquel Alfons après ce fist moult de dommages à ses anemis. Et endementiers qu'il estrivoit à ses anemis et moult forment les guerroioit, Ferrant son frère s'en vint en France requerre aide; et d'ilec ala à la cour de Rome pour aide et secours aussi querre, mais d'une part et d'autre pou de profit en raporta.
XX.
Coment le conte de Bar entra en Champaigne à armes.
En icest an, Henri conte de Bar qui avoit la fille au roy Edouart d'Angleterre espousée, avec grant multitude de gent armée en la terre de Champaigne, qui appartenoit par droit héritage à tenir à Jehanne royne de France, comme anemi entra et occist moult d'hommes, et meismement une ville embrasa et ardi. Auquel fol efforcement réprimer et retargier fu envoié par Phelippe roy de France Gauchier de Cressi, seigneur de Chatillon, qui avoit en sa compaignie les Champenois; et par force et par feu, la terre au conte de Bar dégasta; et ainsi le fist retourner pour sa terre garder.