XXI.
Coment le roy Phelippe assist Lille en Flandres.
Et en icest an meisme, Phelippe le Bel roy de France, contre Gui le conte de Flandres qui de sa féauté estoit départi, assembla à Compiègne moult grant ost. Et ilec en la feste de Penthecoste Loys son frère conte de la cité d'Evreux, et l'autre Loys ainsné fils Robert conte de Clermont, avec six vings autres, fist nouviaux chevaliers. Et ce fait, d'ilec s'en ala en Flandres, et maugré les ennemis entra en la terre appertement et viguereusement, et assist Lille, en la vigile monseigneur saint Jehan l'apostre. Et lors fu détruite une abbaïe de nonnains que l'en appelloit Marquete[151]. Et environ Lille jusques à quatre lieues, François par fer et par feu tout dégastèrent. Et lors Gui conte de Saint-Paul, et Raoul seigneur de Neelle connestable de France, et Guy son frère mareschal, avec grant foison d'autres, esloignèrent l'ost environ quatre lieues sur le fleuve[152] de la ville de Commines, et se combatirent à leur ennemis, et de eux cinq cens en vainquirent et plus, et pluseurs en occistrent, et leur tentes retindrent, et pristrent pluseurs soudoiers du royaume d'Alemagne chevaliers et escuiers de grant renom, lesquiels avec eux amenèrent au roy de France présentement.
XXII.
Coment Robert conte d'Artois se combati à Furnes contre les Flamans.
En ce meisme temps, pape Boniface canonisa à Sienne la vieille[153] le saint roy Loys de France. Et en icest an ensement, comme le roy Phelippe-le-Biau fust devant Lille, Robert noble conte d'Artois laissa Gascoigne à nobles et loyaux hommes du royaume de France, et lors vers St-Omer, sa terre propre, se reçut et revint, et appella avec luy son fils Phelippe avec grant plenté de chevaliers et nobles hommes. Lequel conte Robert envahi Flandres de celle part. Contre lequel Guy conte de Flandres envoia tant à cheval comme à pié grant multitude de gens d'armes, et de costé la ville de Furnes se combatirent contre le conte d'Artois. Lors ilec, les batailles ordenées de une part et d'autre fu moult la bataille aspre et merveilleuse. Mais les Flamans, combien que il fussent six cents à cheval, et seize mille à pié, de la gent au conte d'Artois furent tous occis; car le gentil conte noblement se prouva, si que moult, tant chevaliers comme escuiers, avec Guillaume de Juillers, et Henri conte d'Aubemont furent pris. Lesquiels, conroiés à Paris en charetes, et ailleurs par diverses prisons envoiés, à la loenge et à la victoire de noble homme monsieur Robert conte d'Artois, chevalier esmeré[154], avoient mis devant leur visage, la banière et l'enseigne au bon conte. Et lors le conte d'Artois prist la ville de Furnes l'endemain; et après ce, occupa Cassel avec toute la vallée. Adonc endementiers ceux de Lille qui moult estoient grevés et traveilliés de divers assaus de la gent au roy de France, comme il véissent souventes fois leur murs rompre et quasser à pierres; né Robert, l'ainsné fils au conte de Flandres qui avec eux estoit au chastiau, n'osast contre les François issir à batailles, si firent lors convenances au roy de France que de leur biens né de leur vies ne fussent privés, né ne fussent sousmis né malmenés né maumis; et sousmistrent eux et leur biens au roy de France. Mais Robert, qui pou de chevaliers avoit, issi de la ville et à Bruges où son père estoit tout oiseux se reçut. Adecertes, le roy d'Angleterre Edouart qui estoit venu avec le conte de Flandres, fu déceu, si comme aucuns dient; car pour certain il luy avoit mandé qu'il tenoit pris le conte Robert d'Artois et Charles de Valois, le frère au roy de France; lesquiels il devoit tenir à Bruges en prison, si comme il disoit, ou pour ce que plus sauvement peust estre cru. Iceluy roy d'Angleterre estoit là venu pour aidier le conte de Flandres en sa guerre. Et lors quant le roy de France oï les nouvelles de l'advènement au roy d'Angleterre, si garni Lille de sa gent et s'esmut pour aler vers le chastel de Courtray, lequel dès maintenant il prist abandon: et d'ilec après se hasta pour aler Bruges asseoir. Et endementiers, Edouart roy d'Angleterre et Gui le conte de Flandres laissièrent Bruges, et avec leur gent alèrent à Gant pour la forteresse du lieu, où il furent receus; de laquelle chose ceux de Bruges furent espoventés, et au roy humbles et dévos coururent, et eux et leur ville en sa puissance sousmistrent. En laquelle ville le roy de France fist un pou son ost prendre récréation, et puis prist isnelement son erre pour aler vers Gant. Mais si comme il s'en alast ainsi à une petite vilete, luy vindrent messages de par le roy d'Angleterre requerans trièves, auquel, pour cause de yver prochain, et pour l'amour du roy de Secile, qui pour ce venoit en France, à paines, jusques à deux ans, à luy et au conte de Flandres octroia trièves: et lors, ce fait, environ la feste de Toussains, le noble roy de France Phelippe-le-Biau retourna en France.
XXIII.
Coment le pape Boniface envoia au roy de France la régale.
Et en icest an ensement, quant les prélas du royaume de France furent à Paris assemblés, si leur monstra le roy Phelippe lettres contenant coment pape Boniface à luy et à son premier hoir, successeur au royaume de France, avoit ottroié à prendre et à lever les dismes des églyses, toutes fois que leur conscience les jugeroit et créroit estre nécessaire, ou le vouldroient faire; et derechief comme iceluy pape, en l'aide de ses despens qu'il avoit fait en sa guerre, toutes les rentes lui concédoit de l'églyse que l'on appelle régale, les escheoites et les obventions d'un an des prouvendes, des prévostés, des archidyaconés, des doiennés, des bénéfices, des églyses, et de quelconques dignités ecclésiastiques par tout le royaume de France, la guerre durant et vacant, excepté les éveschiés, les moustiers et les abbaïes. Après, en icest an ensement, pape Boniface aucunes constitucions nouvelles, lesquelles avec courage diligent et avecques grand cure, pour l'estat et pour le profist de l'universelle églyse avoit fait compiler et ordener par sages gens en droit canon et en droit civil, au mois de may le tiers jour, en plein consistoire et devant tous qui présens estoient, à lire bailla: et lors quant ces constitucions furent parleues souventes fois par grant diligence, des cardinals approuvées, fist son décret iceluy pape, et ordenna que au cinquiesme livre des Décrétales (si comme au tems présent le povez encore véoir), ces constitutions fussent ajoustées.
Et en icest an meisme, les deux devant dis cardinals de la Columne, déposés par le pape Boniface se transportèrent en une cité de Tuscie[155], laquelle est appelée Nepesie, contre les quiex pape Boniface fist croiserie et envoia un grant ost de ceux de Italie, et escomenia les deux devant dis de la Columne et les réputa et les condampna comme scismatiques. Et en ice meisme an, en la vieille cité[156] sainct Loys jadis roy de France fu par le pape Boniface canonizé. En icest an meisme, Aubert duc d'Austrie en bataille tua Adolphe le roy d'Alemaigne, et fu roy d'Alemaigne après luy, et régna douze ans ou environ.