De la mort Enguerran de Marigni.
ANNÉE 1315 Et après ce, l'endemain, c'est assavoir le jour du mercredi en la veille l'Ascension Nostre-Seigneur, le derrenier jour du moys d'avril, icelui Enguerran de Marigni chevalier, à grant multitude de gent à pié et à cheval de toutes pars venans et courans et de ce moult esjoïssans, du Chastellet de Paris en une charete, luy disant et criant au peuple: Bonnes gens, pour Dieu priez pour moi! En telle manière fu mené au gibet de Paris, et au plus haut des autres larrons en ce gibet fu pendu. Laquelle chose faicte, en la sepmaine ensuivant, la maudite boisteuse et le devant dit Paviot furent menés au gibet, et ilec ladite boisteuse, les vouls montrés au peuple qui ilec estoit venu, en un très ardant feu fu arse, et le dit Paviot sous son seigneur Enguerran de Marigni fu pendu. Et adecertes la dame de Marigni et sa seur la dame de Chantelou du Louvre où elle estoient en prison ostées et ramenées après ce au Temple l'ostel des Templiers jadis, en plus forte prison furent encloses.
LXXVII.
De la mort Marguerite femme le roy de Navarre.
En cest an vraiement, la veille de l'Ascension dessus dite derrenier jour d'avril, fu morte Marguerite jadis folle et diffamée royne de Navarre qui au chastel de Gaillart en Normendie estoit emprisonnée, et à Vernon en l'églyse des frères Meneurs fu enterrée[297].
Et en ce meisme an, Pierre de Latilly, évesque de Chaalons, lequel estoit souspeçonné de la mort Phelippe-le-Biau et de son prédécesseur[298], à l'instance de l'arcevesque de Rains, du mandement du roy, fu détenu en prison.
Et en ce meisme tems, Raoul de Praeles, lequel estoit ainsi comme principal advocat en parlement du roy, fu mis à Saincte-Geneviève tant comme coupable et souppeçonné de la mort devant dite. Mais après moult de paines et de tormens qu'il ot souffert, ne pot-on riens traire de sa bouche fors que bien, si fu franchement laissié aler, et ot moult de ses biens gastés et perdus.
Et en ce tems, Huguelin le duc de Bourgoigne et frère de Marguerite royne fu mort, auquel son frère succéda en la duchiée.
Et en ce meisme tems, environ l'Ascension, messire Loys jadis conte de Nevers et de Rethel, et Jehan de Namur vindrent en France et furent de rechief receus en la grace du roy, et furent rendus au dit conte ses deux contés desquelles il avoit esté privé par avant.
Et en cest an, l'abbé de Cistiaux et les procureurs de Robert conte de Flandres se comparurent à Paris devant le roy pour excuser le dit conte, jasoit ce qu'il eust esté semons personnelment, pour confirmer la paix qui avoit esté l'an devant pourparlée; si l'excusoient en telle manière et disoient: que bonnement il n'y pooit venir pour la foiblesse de son corps; et si luy couroient sus aucuns de ses anemis. Lesquelles excusacions furent réputées pour frivoles; et une pièce de tems après, c'est assavoir la veille de la Sainct-Pierre et Sainct-Pol apostres, furent le dit conte et les Flamens réputés pour contumaux et rebelles. Et en ice tems, le samedi devant la Sainct-Jehan, trois femmes qui portoient poisons, et par les quelles l'évesque de Chaalons, devancier de Pierre de Latilly, avoit esté empoisonné, furent arses en une petite isle qui est devant les Augustins.