Item, encore unes autres lettres closes furent envoiées à l'évesque de Paris et à l'université; lesquelles lettres il envoièrent au pape toutes closes, pour savoir que desdites lettres il vouldroit ordener.

En ce temps, vint le roy Phelippe à Saint-Denis en très grant dévocion visiter monseigneur saint Denis son patron, et le mercier de la glorieuse victoire que Dieu luy avoit donnée par les prières Nostre-Dame et de monseigneur saint Denis, et des autres saints de Paradis. Et luy rendi sus son autel l'oriflambe qu'il avoit prise quant il s'estoit parti à aler contre les Flamens. Et puis s'en ala à Nostre-Dame de Paris[402], et quant il fu là il se fist armer des armes qu'il avoit portées en la bataille des Flamens; et puis monta sur un destrier, et ainsi entra en l'églyse de Nostre-Dame de Paris, et très dévotement la mercia, et luy présenta ledit cheval où il estoit monté et toutes ses armeures.

Item, en l'an dessus dit, c'est assavoir le treiziesme jour d'octobre, la royne Climence femme jadis au roy Loys Hutin trespassa, et en l'églyse des frères Prescheurs de Paris fu enterrée.

Item, en ce temps, Loys le conte de Flandres, à la requeste duquel en partie le roy Phelippe avoit entrepris la guerre des Flamens derrenièrement finée, n'oblia pas les paroles que le roy Phelippe luy avoit dites, quant il parti de la Flandre, si comme dessus sont escriptes, c'est assavoir qu'il gardast justice. Et si fist-il; car dedens troys mois ou environ, il extirpa de ceulx qui avoient esté conspirateurs et détracteurs contre le roy et contre luy, et en mist et fist metre à mort jusques au nombre de dix mille ou environ, si comme l'en maintenait communément. Mais le principal capitaine des Flamens, qui estoit appellé Guillaume de Cany[403] de Bruges, quant il vit que le conte de Flandres faisoit justice, si ot paour et s'enfui[404] au duc de Breban, et luy requist aide contre le conte de Flandres lequel avoit fait mettre à mort pluseurs preudeshommes, si comme il disent, né encore ne désistoit-il point de jour en jour. Et promist ledit Guillaume de Cany audit duc de Breban, chevaux, armeures, et très grant somme d'argent; auquel ledit duc respondi que ceste chose ne feroit-il pas sans le conseil du roy de France né sans son assentement; mais que ledit Guillaume iroit par devers le roy et de sa gent avec luy, et ce que le roy ordoneroit à la requeste dudit Guillaume, ledit duc le feroit à son povoir. Lequel chut au las qu'il avoit tendu; car il fu amené à Paris au roy, et fu faite enqueste sur luy, pour laquelle il fu trouvé moult coupable, et pour ce fu moult honteusement condamné: premièrement il fu tourné au pilori, puis luy furent les deux poings coppés, puis fu mis en une haute roue et ses poings emprès luy; mais quant l'en vit qu'il s'inclinoit à mourir, l'en l'osta de ladite roue, et fu lié à la queue d'une charete et fu traîné; et puis après il fu pendu au gibet de Paris et ses poings emprès luy.

Item, au temps ensuivant et en ceste présente année, messire Jehan de Cherchemont, chancelier du roy de France, très sage ès choses séculières, et très convenable en court du pape et du roy, en vivre très délicieux, en port et en manière au jugement de pluseurs très orgueilleux, avint qu'il volt partir pour aller veoir une chapelle de chanoines, laquelle il avoit fait édifier là où il avoit esté né, c'est assavoir en la dyocèse de Poitiers; et aloit là plus pour son nom magnifier que pour le nom de Dieu honnorer, si comme pluseurs disoient et le creoient. Mais Dieu juge des cuers des hommes, et ce à luy seul apartient et non à autre. Si avint, de par la permission de Dieu, que ledit messire Jehan de Cherchemont, très ce qu'il fu entré en la dyocèse de Poitiers, à laquelle il avoit espérance d'avoir très grans honneurs, sans parler à aucune personne, mourut soudainement[405]. Le scel du roy fu porté au roy, et le corps fu enterré par la main de l'évesque de Poitiers en la chapelle que ledit messire Jehan avoit fondée.

Item, en ce meisme an, le roy de France Phelippe envoia par devers le roy d'Angleterre certains messages entre lesquiels fu maistre Pierre Rogier, abbé de Fescan, docteur en théologie, afin qu'il ajournassent le roy d'Angleterre pour faire hommage audit roy de France de la duchiée d'Aquittaine. Lesquiels messages demourèrent longuement en Angleterre et attendoient pour parler au roy; mais il ne porent oncques parler à luy, si parlèrent à sa mère, laquelle leur donna responses non convenables, en manière de femme[406]; et quant il virent que autre chose ne povoient faire, si retournèrent en France, et disrent au roy tout ce qu'il avoient fait et oï.

Item, en ceste meisme année, le pape Jehan fist publier à Paris aucuns procès fais contre Pierre Ranuche, lequel se faisoit appeller Nicolas-le-Quint; èsquiel procès il estoit contenu ledit Pierre avoir esté marié avant qu'il eust esté religieux; et depuis qu'il fu entré en religion, sa femme l'avoit fait semondre par pluseurs fois; et avoit à nom sa dite femme Jehanne Mathié. Lequel Pierre, en désobéissant au commandement de sainte églyse, ne voult oncques retourner avecques sa dite femme; et pour ceste cause ledit pape comme contumace le dénonça pour escomenié par la vertu desdis procès fais encontre luy à la requeste de ladite femme.

Item, en ce temps, ot le roy de France délibéracion avecques son conseil, assavoir mon sé pour le deffaut du roy d'Angleterre qui estoit son homme de la duchié d'Aquitaine, et lequel estoit refusant de en faire hommage audit roy de France, sé ledit roy de France la devroit appliquier à sa seigneurie? Si luy fu respondu que non; mais seulement durant le temps que l'ommage n'a pas esté fait, supposé que la citation ait esté faite duement, le seigneur puct faire endementres les fruits de la terre de son vassal siens, jusques à tant que son dit vassal retourne à l'ommage de son seigneur. Et pour ceste cause furent envoies en Gascoigne l'évesque d'Arras et le seigneur de Craon, afin qu'il méissent tous les émolumens et revenus de la duchié d'Acquitaine en la main du roy de France, jusques à tant que le roy d'Angleterre luy eust fait hommage deu. Item, derechief et d'abondant, le roy de France envoia autres messages en Angleterre audit roy d'Angleterre, afin qu'il fust cité une fois pour toutes pour ledit hommage faire; et par tele manière que s'il estoit négligent de faire le dit hommage, l'en procéderoit contre luy par la force et par la manière que droit le donroit.

Item, en celui temps, la royne de France enfanta un fils: mais il mourut assez tost après, et fu enterré en l'églyse des frères Meneurs à Paris.

VI.