Coment le roy d'Angleterre se mist en mer pour venir en la cité d'Amiens faire hommage au roy de France de la duchié d'Acquitaine et de la conté de Pontieu, comme homme du roy de France.
ANNÉE 1329 L'an de grace mil trois cens vint-neuf, le roy d'Angleterre entra en mer le dimenche après la Trinité et passa à Bouloigne. Quant le roy de France sot la venue dudit roy d'Angleterre, si vint à grant foison de ses barons, prélas et autres à Amiens, et envoia à rencontre dudit roy d'Angleterre des plus grans de son lignage, qui moult noblement et honnorablement l'amenèrent en la cité d'Amiens, en laquielle le roy de France attendoit ledit roy d'Angleterre qui luy venoit faire hommage de la duchié d'Acquitaine et de Pontieu, si comme dessus est dit.
Quant les deux roys s'entrevirent, si firent moult grant feste l'un à l'autre, et après commencièrent à parler eux et leur conseil de moult de choses, et par espécial sur la matière pourquoy il estoient assemblés; et luy fist requérir le roy de France qu'il fist son devoir par devers luy de ladite duchié d'Acquitaine et de la conté de Pontieu. Lors fu respondu de par le roy d'Angleterre et en sa présence, et fu dit que messire Charles de Valois, père dudit roy Phelippe, avoit despouillié le roy d'Angleterre, au grant préjudice de luy et de son royaume, d'une grant partie de la terre de la duchié d'Acquitaine, et l'avoit appliquée au royaume de France moins justement qu'il ne déust. Pour laquielle cause ledit roy d'Angleterre n'estoit tenu audit hommage faire, sé ce qui luy avoit esté osté, comme dit est, ne luy estoit du tout restitué. Si fu respondu pour le roy de France que Edouart, roy d'Angleterre, père dudit roy, avoit forfaite celle partie et plus, et que ledit messire Charles bien et justement l'avoit acquise au royaume de France par droit de bataille, et que en aucune restitucion il n'estoit tenu; néanmoins finablement acordé fu d'une partie et d'autre par tele manière que le roy d'Angleterre feroit hommage au roy de France de la duchié d'Acquitaine pour la portion qu'il en tenoit, et que la partie par messire Charles acquise demourroit au roy de France. Et encore de par le roy de France dit fu: Que sé le roy d'Angleterre se sentoit en aucune manière blécié, il venist au palais du roy à Paris, et sur ce, par le jugement des pers de France, tout acomplissement de justice luy seroit fait[407].
VII.
Coment le roy d'Angleterre fist hommage au roy de France à Amiens de la duchié d'Acquitaine et de la conté de Pontieu, si comme faire devait.
Adont fist le roy d'Angleterre hommage au roy de France, en la forme et manière que contenu est[408] en la chartre scellée du seel du roy d'Angleterre dont la teneur s'ensuit:
Cy après s'ensuit la teneur de la chartre scellée que le roy d'Angleterre donna, laquielle contient la manière de l'hommage que le roy d'Angleterre fist à Amiens au roy de France des terres dessus nommées.
«Edouart, par la grace de Dieu, roy d'Angleterre, seigneur d'Irlande et duc d'Acquitaine, à tous ceux qui ces présentes lettres verront ou orront, salut: Savoir faisons que comme nous féissions à Amiens hommage à excellent prince, nostre chier seigneur et cousin Phelippe, roy de France, lors fu dit et requis de par luy que nous recognoissons ledit hommage estre lige; et que nous, en faisant ledit hommage, luy promissions expressément foy et loyauté porter. Laquielle chose nous ne fismes pas lors pour ce que nous n'estions enfourmés né certains que ainsi le déussions faire; si féismes audit roy de France hommage par paroles générales en disant que nous entrions en son hommage par ainsi comme nous et nos prédécesseurs ducs de Guienne estoient jadis entrés en l'hommage des roys de France qui avoient esté pour le temps[409]. Et de puis en cela nous soions bien infourmés et acertainnés de la vérité, recognoissons par ces présentes lettres que ledit hommage que nous féismes à Amiens au roy de France, combien que nous le féismes par paroles générales, fu, est et doit estre entendu lige, et que nous luy devons foy et loyauté porter comme duc d'Acquitaine et per de France, et comme conte de Pontieu et de Monstroille; et luy promettons des ore en avant foy et loyauté porter. Et pour ce que, en temps à venir, de ce ne soit jamais descort né content à faire ledit hommage, nous promettons en bonne foy pour nous et nos successeurs ducs qui seront par le temps, que toutes fois que nous et nos successeurs ducs de Guienne entrerons et entreront en l'hommage du roy de France et de ses successeurs qui seront pour le temps, l'hommage se fera par ceste manière: le roy d'Angleterre, duc de Guienne, tendra ses mains entre les mains du roy de France, et cil qui parlera pour le roy de France adrescera ces paroles au roy d'Angleterre duc de Guienne, et dira ainsi: «Vous devenez homme lige du roy de France mon seigneur qui cy est, comme duc de Guienne et per de France, et luy promettez foy et loyauté porter? Dites voire?» Et ledit roy et duc et ses successeurs ducs de Guienne diront: «Voire.» Et lors le roy de France recevra ledit roy d'Angleterre et duc audit hommage lige à la foy et à la bouche, sauf son droit et l'autrui. De rechief quant ledit roy et duc entrera en l'hommage du roy de France et de ses successeurs roys de France pour la conté de Pontieu et de Monstroille, il mettra ses mains entre les mains du roy de France, et cil qui parlera pour le roy de France adrescera ces paroles audit roy et duc et dira ainsi: «Vous devenez homme lige du roy de France monseigneur qui cy est comme conte de Pontieu et de Monstroille, et luy promettez foy et loyauté porter, dites voire?» Et ledit roy et duc, comme conte de Pontieu et de Monstroille, dira: «Voire.» Et lors le roy de France recevra ledit roy et conte audit hommage lige à la foy et à la bouche, sauf son droit et l'autrui. Et ainsi sera fait et renouvellé toutes les fois que l'hommage se fera. Et de ce baillerons, nous et nos successeurs ducs de Guienne, fais lesdits hommages, lettres patentes scellées de nos grans sceaux, sé le roy de France le requiert. Et avecques ce, nous promettons en bonne foy tenir et garder effectivement les paix et acors fais entre les roys de France et les roys d'Angleterre, ducs de Guienne, et leur prédécesseurs roys d'Angleterre et ducs de Guienne. Et en ceste manière sera fait et seront renouvellées lesdites lettres par lesdis roys et ducs et leur successeurs ducs de Guienne, et contes de Pontieu et de Monstroille, toutes les fois que le roy d'Angleterre duc de Guienne et ses successeurs ducs de Guienne et contes de Pontieu et de Monstroille qui seront pour le temps, entreront en l'hommage du roy de France et de ses successeurs roys de France. En tesmoignance desquielles choses, à cestes nos lettres ouvertes avons fait mectre nostre grant seel. Donné à Etham le trentiesme jour de mars, l'an de grace mil trois cens et trentiesme premier, et de nostre règne quint.»
Quant le roy de France ot reçu du roy d'Angleterre ledit hommage, en la manière que dessus est contenu, lors furent les joustes commenciées moult belles et moult grans, et fu ilecques le roy d'Angleterre moult grandement honnouré. Et après ce que ces choses furent ainsi faites et acomplies, les deux roys pristrent congié l'un à l'autre, et s'en retourna le roy de France à Biauvais, et le roy d'Angleterre s'en retourna tantost en Angleterre.
En ce temps envoia le roy de Chypre solempnieux messages à messire Loys conte de Clermont en luy requérant qu'il luy pleust à luy envoier sa fille[410] pour donner en mariage à son ainsné fils: car ledit roy avoit grant désir que le royaume de Chypre fust ennobli de la semence de France.