Response d'un grand Prince touchant les perfums des femmes.

Response d'un grand Prince touchant les perfums des femmes. Et n'y a pas long temps qu'il fut demandé à un grand Prince, comme il avoit esté satisfaict d'une dame, avec laquelle il avoit prins soulas & plaisir: il jura qu'estant avec elle, il luy sembloit proprement estre à vespres, où, comme vous sçavez, lon a accoustumé de remplir l'Eglise d'odeur d'encens. Et ainsi respondit ce gracieux Prince, ne sachant mieux exprimer de combien sans propos la dame s'estoit perfumee. Et encores que semblables senteurs se vendent au poix de l'or, toutesfois elles n'en font cas, & les reputent pour petites choses, au pris de leurs grands secrets qu'elles sçavent, & que tant elles estiment: comme de faire, que le poil osté & arraché ne revienne plus, que le sein avallé se releve, & que les choses trop larges se restresissent.

Des joyaux & affiquets.

Des joyaux & affiquets. Conclusion, ce seroit chose aussi par trop longue & ennuyeuse à reciter des joyaux, chaisnes, brasselets, & divers habillemens de nouvelles façons, que quasi tous les jours elles changent: Esquelles varietez, diversitez & excessives despenses, se monstre manifestement & apertement quelle est l'abondance de leur folie, & le peu de leur cerveau. Et qui est celuy qui pourroit suffisamment parler de leurs riches chemises, de leurs calceons brodez & pourfilez, de leurs gands tressez & perfumez, de leurs esventails, de leurs martres sublimes pendantes, & de leurs patenostres de senteurs, qu'elles tiennent tousjours és mains, non par devotion, mais par lasciveté & folie.

Des femmes desguisees, & faisans actes virils.

Folie se trouve és festes & banquets.

Platon en son banquet.

Des femmes desguisees, & faisans actes virils. Ne s'en est-il pas veu quelques unes habillees en paiges, courir les chevaux Turcqs & rudes en bouche, & manier les aspres coursiers: s'efforceans de faire tous actes virils? Et je vous demande comme cela se pourroit comporter, si la doulce Folie en cest endroit ne les accompaignoit. Il fault aussi entendre que ce qui leur fait avoir tant de faveur & de grace en leurs œillades, en leur rire sans propos, & à faire des tours plus qu'un singe, n'est autre chose, que d'autant plus qu'elles sont folles, plus elles sont plaisantes, aggreables & delectables. Par cela doncques je conclud, que manifestement se peult cognoistre que de tous les plaisirs qui se reçoivent des femmes, nous en sommes tenus & obligez à la Folie. Folie se trouve és festes & banquets. Laquelle encores si elle ne se trouvoit és festes & banquets, certainement lon ne s'y resjouyroit point, comme lon fait: pource que la silence y seroit gardee, & par consequent la gravité & la melancolie: & ressembleroyent tels banquets aux repas que font les bonnes gens de village pour l'honneur des obseques & mortuailles de leurs amis trespassez. Vous entendez bien qu'és grands & magnifiques banquets lon invite des dames principalement, pour avec leur presence & folies telles que dessus, donner plaisir aux hommes assistans. Platon en son banquet. Aussi Platon en son banquet vouloit tousjours avoir devant luy Alcibiades, pour luy donner allegresse & plaisir, avec sa singuliere beauté.

En ces festins & banquets lon a accoustumé de faire venir les plaisans, les bouffons & farseurs, pour reciter comedies, danser morisques, jouer farces, faire musique, & mille autres choses plaisantes, pour tenir les invitez & conviez en feste & en joye. Et cela delecte plus beaucoup que les viandes delicates & bien preparees, lesquelles nourrissent seulement le corps, & incontinent le font saoul: mais les joyes & plaisirs nourrissent & delectent l'esprit, les yeux, les oreilles, & tous autres sentimens spirituels: & tant plus ils les goustent, tant moins en sont-ils rassasiez. De là vient, que lon s'invite l'un l'autre à boire: & apres bon vin, bon cheval, fault faire le Roy, le Seigneur, qui ne commande autre chose que folies. Puis fault mettre des chappeaux au lieu de couronnes, burler, gaudir & chanter, & faire autres infinis jeux, & choses pour rire, qui se font ordinairement en tels banquets: lesquels tant plus sont pleins de folie, tant plus sont plaisans, aggreables & delectables.

De ceux qui ne s'aiment és grands bancquets.