Des moyens qu'usent les femmes pour se faire tousjours sembler jeunes & belles.
Inconveniens advenus à Luculle & Lucretius par les femmes.
Des moyens qu'usent les femmes pour se faire tousjours sembler jeunes & belles. Mais la benigne Folie, ayant memoire qu'elle mesmes est femme, comme à ses trescheres & tresamees ministres, ne laisse ainsi venir aux femmes le poil, ne muer la voix, qui leur demeure puerile, & tousjours leur conserve le visage avec le reste du corps lisse, tendre & delicat: leur monstrant & enseignant mille arts, mille secrets, mille remedes pour les faire tousjours sembler jeunes, belles & mignottes. Et d'autre costé elle leur laisse par honnesteté l'art magicque, les enchantemens, les sorceries, les devinations, & autres arts damnez & reprouvez, dont elles ont accoustumé d'user pour se faire caresser & adorer: tenants ordinairement leurs quaissettes & petits coffres, leurs licts, leurs vestemens & leurs bourses pleines de figures & images conjurees de neuds de cheveux, de parchemin avorton, avec les caracteres & noms des infernaulx esprits: avec lesquels elles font sortir les hommes hors de leur sens: & aucunesfois leur font perdre le sentement avec la vie ensemble: Ainsi que autresfois (pour ne parler des vivans) il s'est veu du tresvertueux & magnifique Inconveniens advenus à Luculle & Lucretius par les femmes. Luculle, & du sçavant Lucretius, lesquels en rendront pour jamais un eternel tesmoignage. Et encore que telles diaboliques inventions desplaisent grandement à la Folie: toutesfois les cognoissant estre femmes, c'est à sçavoir folles, effrenees, sans mode & sans mesure, les comporte le mieux qu'elle peult.
Des habits des Italiennes & Espagnoles.
De la chaussure.
Des coiffures.
Des habits des Italiennes & Espagnoles. Or maintenant puis qu'il vient à propos de parler de leurs habits, de leurs gorgiasetez, ornemens, pompes & mignotises, mesmement de celles de nostre Italie & des Espaignes, Il est necessaire de imiter les Poetes, lesquels non seulement au commencement de leurs œuvres, mais encores au milieu de celles où ils traictent choses ardues & difficiles, ont accoustumé d'invoquer à leurs secours les sacrees Muses: car je ne sçay où je doy commencer. Si je leur regarde aux pieds, je leur voy certaines De la chaussure. pantoufles ou patins si haults & si hors de mesure, qu'ils ressemblent plus à eschasses, qu'à autre chose: Et si elles n'ont quelqu'un qui les soustienne & conduise par la main de pas en pas, elles sont tousjours prestes à tomber. Si je les regarde Des coiffures. à la teste, je les treuve tant desguisees avec plumes & pannaches, bonnets & coiffes garnis de fers & boutons d'or, de medalles, enseignes & devises nouvelles, que à grand' peine les peult on cognoistre.
Aucunes penseront estre plus aggreables, & avoir meilleure grace avec bourrelets soubs leurs coeffes, lesquels elles portent plus haults que les cornes de leurs maris. L'autre se pensera plus gorgiase d'estre coeffee à la Moresque, ou d'une autre nouvelle façon: applicquant à ses oreilles persees, les grosses perles, & autres joyaux. L'une noue ses cheveux, l'autre les mipartit & fait la greve entre deux. L'une les veult avoir blonds: l'autre les desire avoir noirs, & avec le fer faict à propos, ou avec le feu, les fait crespeler: Et pour les rendre plus reluisans y applicque du souffre vif, & les decore un jour d'un chappelet d'or singulierement elabouré, & un autre jour avec bagues precieuses.
Des fards & peintures des femmes.
Quant à se peindre & peler les sourcils, c'est chose ordinaire. Des fards & peintures des femmes. Semblablement de faire la peau blanche, les joues & les levres colorees. Et ne fut, ne ny aura jamais peintre qui peust adjouster en cest endroict à leur artifice. Au regard de distiller eaues, gomme dragant, allun de roche, argent sollymé, & autres semblables mixtures & compositions, pour faire la face claire & reluisante, unir & lisser la peau: de sorte que en leur visaige lon se peult facilement mirer: certainement elles en sçavent ce qui en est, & en ont l'art tout entier. Le petit drappelet teinct, les savons, les pommades, & les pouldres pour les dents & pour l'haleine, les muscadins composez de succre & de muscq, & autres especes de dragees, huilles, eaues & senteurs de mille sortes, ne sont plus gueres d'elles prisees ne estimees, pource que les Perfumeurs les ont trop dilvuguees: mais maintenant elles vont tant chargees de pouldre de chippre, d'aloes, de benjoyn, de muscq, de civette, d'ambre, & autres infinies odeurs, qu'il n'est pas croyable.