Le Courtisan.

Seraphin.

Aretin.

Des femmes qui presument de devenir saiges, sçavantes & subtilles. Toutesfois entre elles il y en peult avoir quelques unes (si Dieu veult) qui contre leur naturel presument, en renonceant du tout à la Folie, de devenir saiges, sçavantes & subtilles: chose que la Folie en aucune maniere ne peult souffrir ne permettre: Et lors qu'ils debvroyent couldre, filer, & vacquer aux affaires & negoces domestiques, à quoy elles sont dediees, l'une fait profession de choses grandes, l'autre se veult du tout addonner à la Philosophie, & ordonne, parle & dispute du Monde, du Ciel, des Idees, de l'immortalité, & de la divine essence, comme si c'estoit un nouveau Aristote: & veult arguer aux excellens Philosophes, & aux plus grans Theologiens: Et souventesfois, quelque ignorante qu'elle soit, sera si hardie que de les reprendre. L'autre vouldra faire profession de la Poesie, se mordera la levre, & fait le bouquin, hume le vent & avalle sa salive, se persuadant que l'esprit du divin Homere, ou l'ame de la sage Sappho luy est entree au corps: Elle composera des vers, des petites lettres & chansonnettes d'amour, & disputera des Poetes Grecs, Latins & Tuscans, qui ont mieux & plus doulcement exprimé les affections & passions d'amour: mettra en avant un subtil argument sur le quatrieme des Eneides de Virgile, dira Épigrammes, chappitres, chansons, sonets & madrigales, faisant une anatomie de la langue Tuscane, pour la rechercher & retourner parolle par parolle. La façon de parler de Bocace. Bocace ne la satisfera pas, par ce que en d'aucuns lieux il ha beaucoup de rude & du vieil. Elle dira que Dante. Dante fut beaucoup plus sçavant que bien orné en son langage: Aussi que ce n'est pas grand'chose que des Triomphes de Petrarque. Petrarque: Que la nouvelle Grammaire avec L'Asollan. l'Asollan sont trop affectez: Que L'Arcadie. l'Arcadie est une traduction sans invention, & n'est pas Tuscane: Le Morgant. Le Morgant est mal limé: Orland furieux. Orland furieux delecte le commun peuple, mais en plusieurs lieux se treuve qu'il default de jugement, & se perd & abysme aux adulations: Le Courtisan. Le Courtisan est Lombard, & a prins l'invention d'autruy. Quant au Seraphin. Seraphin, & quelques autres qui ont par cy devant eu cours, & ont esté fort estimez, n'est pas grand cas, & à peine meritent ils d'estre leuz. Elles se mocquent de Aretin. Aretin, disans qu'il n'est point argut, sinon à dire mal d'autruy, quand la bouche ne luy est close avec quelque present. Conclusion, tout ce qui a esté dict par quelques fameux & singuliers Autheurs que ce soyent, ne les peult aucunement satisfaire ne contenter, tant elles pensent avoir grand' engin, dy-je bon entendement.

Des femmes qui s'addonnent à la Musique.

De celles qui s'addonnent aux bals & danses.

De celles qui se delectent à se faire trouver belles.

Il y en a quelques autres qui s'addonnent Des femmes qui s'addonnent à la Musique. à la Musique, & à sonner des instrumens, qui ne peuvent accorder: Et pour entretenir des maistres à leur monstrer, despendent & consument follement tout ce qu'elles ont: ayants plus de soing & curiosité de faire leurs voix plus doulces & gracieuses, que leur propre vie. Que dirons-nous maintenant De celles qui s'addonnent aux bals & danses. de celles ausquelles le baller & le danser plaist tant, que jamais elles ne parlent d'autre chose: s'exercitans & glorifians és gaillards & aggreables mouvemens & fredons du corps: en mesurant leurs pas par simples, doubles & reprinses, avec reverences & contenances: en quoy s'en va & consume la plus grande partie du temps & de leur substance. De celles qui se delectent à se faire trouver belles. Mais toutes generalement se delectent & mettent peine entre autres choses de se faire trouver belles & plaire à autruy, & non sans bonne & juste occasion: car la beauté seule est ce qui les fait aimer, reverer & desirer: Et de ceste singuliere faveur elles ont obligation principalement à la Folie, qui ne laisse jamais la Prudence avoir en eux aucune part, & quasi tousjours les maintient en florissant aage & perpetuelle beauté.

Des jouvenceaux entrans en aage viril.

Et si ce n'estoit elle, il leur adviendroit Des jouvenceaux entrans en aage viril. comme aux jouvenceaux, lesquels incontinent qu'ils sont entrez en aage viril, & és ans de la discretion & prudence, se transforment & desguisent du tout: la barbe leur croist & devient longue: leur voix s'engrossit & fait rude: & leur jadis beau visage s'emplit de riddes, & leur corps se couvre de poil & devient brutal. Voyez là les beaux dons & fruicts qu'ils reçoivent de la Prudence, lesquels vrayement sont dignes d'elle.