De la Nature.

Les hommes ne sont jamais contents de leurs conditions.

La Folie nous persuade que nous passons les autres.

De la Nature. La Nature, laquelle en beaucoup de choses a esté plustost trescruelle marastre que benigne mere, a engendré en nos esprits desirs & affections insatiables, avec infinies passions, dont quasi tous les jours ils sont tourmentez. Entre autres lon voit que les discrets & Les hommes ne sont jamais contents de leurs conditions. les prudens jamais quasi ne se contentent d'eux-mesmes, ne des choses qui leur touchent & appartiennent, estimans singulierement celles d'autruy. Et si la Folie ne se trompoit & abusoit en nos mesmes defaults, comme en ceux de nos amis: qui seroit celuy lequel ne se contentant de soy mesmes, vouldroit presumer de pouvoir satisfaire à autruy: ou bien penser faire aucune chose avec grace, luy semblant de soy estre desaggreable? De là proviendroit que desesperans de nos propres jugemens & entendemens, nous ne nous adventurerions, ne mettrions jamais peine d'acquerir nom ne louange aucune, & tousjours vivrions sans gloire & reputation. La Folie nous persuade que nous passons les autres. Mais la Folie voulant s'esvertuer aux faicts magnanimes, se fait amouracher de nousmesmes, nous persuadant qu'en nos exercices & operations, nous avons beaucoup l'advantage, & passons tous les autres. Et qui est celuy qui pourroit nier qu'aimer soymesmes, & avoir en admiration ses propres choses, ce ne soit la plus grande folie du monde: toutesfois cela pourtant contente les hommes, & quasi les rend heureux.

L'autheur discourt touchant son livre.

L'autheur discourt touchant son livre. Quant à moy escrivant ceste mienne folie, j'esprouve assez de combien est grand ce plaisir, me semblant quelquefois avoir trouvé invention aucunement subtile, ingenieuse & belle, & ne l'avoir encores trop lourdement escripte; mais si aucuns viennent par cy apres à veoir & lire telles lourderies, ils pourront facilement juger & cognoistre comme en cest endroict je suis excessivement trompé & abusé: estans choses indoctes, impertinentes, mal limees, & sans aucun goust ne saveur. Or elles seront telles que lon voudra, si est-ce toutesfois que pour l'amour & grace de la Folie, je ne me suis peu delecté à les escrire: & ay esperance que paradventure elles ne desplairont point à quelque autre bon & honneste compaignon, qui ne sera du tout ennemi de la Folie. Conclusion, il se peult clairement cognoistre que tous les grands & glorieux faicts procedent de l'instance de la Folie, & la plus grande part se font avec son aide & faveur.


Des guerres & faicts-d'armes, & quelle grande folie c'est.

A quelles gens appartient la vacation de la guerre.

Quel conseil y est requis.