Demosthene.

M. T. Ciceron.

Sosyne.

Xenocrates.

Des guerres & faicts-d'armes, & quelle grande folie c'est. Qui est celuy qui ignore que les guerres & les faicts d'armes ne soyent les plus grandes & haultes choses qui se puissent faire & exercer entre les hommes, puis que de là sourdent & procedent les grans Empires, & la supresme autorité des trespuissans Rois, qui font trembler tout le monde, avec leurs exercites & armees. Et qu'est-ce qu'une bataille, sinon la plus grande folie que lon sçauroit imaginer, quand lon y perd quasi tousjours beaucoup plus que lon n'y gaigne? Là on est à l'effroy des sons de tabourins & de trompettes entre les terribles & espouantables bruits & coups d'artillerie, ausquels n'y a nul rampart. Et puis en la meslee des coups de main où se respand le sang de tous costez, à la discretion de la Fortune & de la Folie, qui gouverne tout cela. Et desirerois bien sçavoir quel lieu pourroyent tenir là les saiges avec leur prudence, leurs ombres & continuelles estudes. Certes ce n'est pas ce qu'il leur fault, & ne leur est la guerre convenable, car ils n'ont ne force ne vigueur: A quelles gens appartient la vacation de la guerre. mais ce mestier & telle vacation appartient à fols, desbridez, larrons, volleurs, braves, ruffians, pauvres, malheureux, audacieux, deseperez & furieux: lesquels n'ayants ne bien ne cervelle, n'estiment leur propre vie, & moins encores se soucient des manifestes & evidens perils. Toutesfois lon dit communément que le conseil vault beaucoup au faict de la guerre: ce qui ne se peult nier: Mais il s'entend aussi le conseil Quel conseil y est requis. des Capitaines, & hommes experimentez à la guerre, & non des personnages doctes & sçavans, ne des Philosophes, qui naturellement ont peu de cueur, & sont pusillanimes. S'en est-il trouvé de plus sçavants ne plus eloquents que Demosthene. Demosthene & M. T. Ciceron. Marc Tulle Ciceron, qui ont esté & demeureront perpetuellement fontaines de l'eloquence Grecque & Latine: Et toutesfois lon voit par escript que tous deux furent merveilleusement timides: de sorte que Demosthene en un faict d'armes, que luy-mesmes avoit persuadé & dressé, subitement qu'il vit devant luy ses ennemis, leur tourna le dos, & jettant sa targe sur l'espaule en fuyant alla dire, Celuy qui fuit, une autre fois peult combattre: voulant faire croire par cela, que meilleur estoit de perdre l'honneur que la vie. Quant à Marc Tulle, il trembloit tousjours au commencement de ses oraisons. Et de nostre temps un nommé Sosyne. Sosyne estant si excellent docteur, que durant son vivant n'a esté son pareil: Luy venu en public consistoire de la part de sa Republique rendre obeissance au Pape Alexandre, demoura, comme feit Xenocrates. Xenocrates tout court, sans sçavoir ce qu'il devoit dire. Et plusieurs autres hommes tressçavans ne sont-ils pas semblablement en leurs oraisons & concions souvent demourez comme muets, sans pouvoir dire une parolle? Voyez doncques ce que eussent peu faire tels personnages s'ils eussent eu à combattre avec les harquebouzes, que seulement avec la parolle, ils se sont trouvez espouvantez & esperdus.

Les sages ont esté le plus souvent ruine de leurs Republiques.

Tiberius & Caius freres.

Les deux Catons.

D'avantage lisez les histoires, & vous trouverez que Les sages ont esté le plus souvent ruine de leurs Republiques. les saiges ont esté quasi tousjours la ruine de leurs Republiques. Et pour revenir aux deux personnages que j'ay cy dessus alleguez, c'est assçavoir Tulle & Demosthene, n'ont-ils pas hazardé & puis ruiné, l'un la Republique des Atheniens, & l'autre celle des Romains, avec leur grand babil? Et les deux freres, qui furent dicts Gracchi, Tiberius & Caius freres. Tiberius & Caius, treseloquens entre les autres de leur temps, ne tournerent-ils pas avec leurs loix plusieurs fois dessus dessoubs la cité de Rome, jusques à tant que en leurs seditions & contentions ils perdirent la vie? Et les deux Les deux Catons. Catons, qui entre les Romains furent tenus tressages, le plus grand desquels reprenoit & accusoit ordinairement quelque citadin: ne troubla-il pas la Republique? Et le mineur, voulant avec trop grande severité defendre la liberté du peuple Romain, ne fut-il pas cause & occasion de la faire perdre? L'on peult facilement & aiseement juger par cela de combien sont les peuples heureux n'ayans point ces sages avec eux.

Du peuple de l'Indie Occidentale.