Description d'une tempeste de mer.

Des mariniers & navigans. Que vous semble des mariniers ou navigans, gens audacieux & temeraires, continuellement soubmis à tant de divers perils, que non sans cause lon dispute s'ils doivent estre nombrez au rang des vifs ou des morts, pource que ils sont tousjours logez à trois doigts pres de la mort: Et quant à leur vie, elle est ordinairement reduicte soubs la puissance & discretion des eaues instables & des variables vents: Mais aveuglez de la convoitise & soif insatiable du gaing, ne craignent les ravissans & cruels corsaires: ne en cueur d'hyver eux mettre (ô temerité incroyable, ou avarice insatiable!) à naviguer les mers incogneues, & à cercher les nouveaux mondes: comme s'ils avoyent saufconduict de Neptune, & qu'ils tinssent les vents enclos & estouppez dedans bouteilles. En quoy faisant ils reçoivent tant d'incommoditez & inconveniens, que le plus souvent ils perissent de faim & de soif: ce que encores je ne pourrois croire, si je ne l'eusse esprouvé, ayant navigué entre les colomnes d'Hercules. Et certes je pense que une grande fortune de mer ressemble fort à un enfer. Description d'une tempeste de mer. Le ciel obscurci & tenebreux tonne, les fouldres & les vents contraires se repercutent & correspondent, la mer troublee du profond de ses entrailles mugit & crie, la nef gemit, les antennes & les voilles fremissent, les cordages se rompent, les mariniers vaincus du vent & combatus de l'eaue, desperez de salut, jettent à la furie en mer les precieuses marchandises, qui sont l'occasion de leur mal. L'un s'esgratigne le visage, l'autre se bat la poictrine: l'un fait des vœuz, l'autre avec larmes se confesse: l'autre mauldit, l'autre renie: & de moment en moment attendans à estre submergez, voyent la nef aller le dessus dessoubs: Et pour la fin du naufrage ils meurent miserablement sans sepulture, ou bien par une disgrace se sauvent, & vont demander tous nuds l'aulmosne pour l'amour de Dieu.

Des Necromantiens & Magiciens.

Or il m'est advis que nous devons tels perilleux fols laisser à part, & retourner à nos aggreables & delectables folies: entre lesquelles il est impossible d'en trouver encores une plus belle que celle Des Necromantiens & Magiciens. des Necromantiens & Magiciens, qui s'abusent tant eux-mesmes, que veritablement ils pensent avec leurs cercles, caracteres, conjurations & pentacules pouvoir troubler le ciel, obscurcir la lune & le soleil, & faire trembler la mer, la terre, & tous les autres elemens, ressusciter les morts, & parler les ames, transformer les corps, passer tout par l'invisible, voller plus viste que le vent, & faire tous les songes, dont sont pleins les livres des chevaliers errans. Les autres pensent avoir dans des anneaux & en cristalins les esprits familiers enfermez, comme perroquets en cage, & avec iceux trouver les tresors cachez, sçavoir secrets, acquerir l'amour des dames, la grace des seigneurs, estimans ces esprits estre du tout dediez à obeir & satisfaire à leurs commandemens, desirs & appetits.

Des basteleurs.

Et certes à grand peine me puis-je tenir de rire quand je voy aucuns qui presument estre saiges & advisez, lesquels toutesfois croyent que Des basteleurs. les basteleurs avec l'aide des esprits, font leurs jeux & tours de passe-passe, comme si de nostre temps le diable eust si peu d'autres affaires qu'il voulsist se mettre à jouer & basteler.

De ceux qui pensent estre muez en especes d'animaux.

De ceux qui pensent estre muez en especes d'animaux. Et que dites-vous de ceux qui en proferant ces parolles, Vent sur vent porte moy aux nopces, pensent incontinent estre convertis en especes d'animaux, & aller par la cheminee au sabbath avec ceux de leur secte?

De ceux qui pensent les enchantemens avoir quelque vertu.

De ceux qui pensent les enchantemens avoir quelque vertu. Aussi des autres qui pensent avec leurs enchantemens trouver les metaux, les sources des eaux, les meates de la terre, guarir blessures, oster la fiebvre, & donner remedes jusques aux bestes. Certainement je pense que sans la peur des inquisiteurs de la foy, ils ne se pourroyent garder, qu'à la fin ils ne feissent miracles.