De la folie d'edifier maisons. Diray-je point de combien est delectable la folie d'edifier & construire logis, cercher la commodité de l'assiette, des huis, des fenestres & croisees, des perrons, viz & escaliers, formant rondes stanzes carrees, & les carrees rondes? il est vray qu'en voyant croistre ses ouvrages avec un incroyable desir & plaisir, lon ne sent ne la despense, ne la faim, ne le froid, ne le chault. Et certes j'estimerois grandement ce gratieux & aisé moyen d'aller à l'hospital, si en cela je ne m'estois si enveloppé, que j'en porte l'esprit & les habillemens deschirez.
Zoroastre.
De l'alchymie & cercheurs de quinte essence.
Crœsus & Crassus fort riches.
Zoroastre. Nostre grand docteur Zoroastre affirme par ses saincts juremens, tous les autres plaisirs n'estre que songes, au pris De l'alchymie & cercheurs de quinte essence. de l'esperance de faire la vraye alchymie, & de trouver la quinte essence, pour laquelle les alchymistes ne pardonnent aucunement ne au travail ne à la despense, croyants tousjours la tenir pour certaine dedans la fournaise devant que le feu y soit encores allumé: & continuellement leur semble asseurément avoir ceste fois là en leurs fourneaux le secret de convertir tous les metaux en or tresfin, avec l'experience de congeler le Mercure: esperans en brief passer en richesses Crœsus & Crassus fort riches. Crœsus & Crassus. Et encores que mille fois telle leur esperance se soit reduicte & resolue en fumee: toutesfois estans d'icelle repeuz, ils souflent tant, qu'à la fin il ne leur reste autre chose que le deviser & le parler des beaux secrets de Nature.
De la folie des joueurs.
De la folie des joueurs. Mais entre toutes les folies, je n'en trouve point une plus grande que celle des joueurs: lesquels trompez & deceus de l'esperance qu'ils ont de gaigner, mettent & exposent tous les jours leurs substances au hazard de la fortune, & au peril de mille tromperies & piperies, dont ceux qui font profession & industrie de jouer ont accoustumé d'user. Et maintenant par une convoitise & affection de gaigner, une autre heure pour un desir d'eux recouvrer, vivent ordinairement en tels tourmens, que jamais ne cognoissent ne paix ne repos: estans durant tout le cours de leur vie miserables & avaritieux jusques au bout. Et seulement se monstrent liberaux à faire belles pauses en leurs jeux: Puis quand la chanse est tournee, & qu'ils vont à la renverse, ô dieu! quels souspirs, quelles doleances & lamentations, quels grattemens de testes, quels horribles maudissons & cruels blasphemes ils font! Et ne fault pas s'esbahir si quelques fois ils en font trembler & fremir ceux qui les oyent. Mais jamais ils ne cessent de suyvre ce train, jusques à ce qu'ayans perdu leurs deniers, & dissipé leurs patrimoines, ils demeurent nuds, & despouillez de toute dignité & reputation. Et à la fin estans faicts infames & desesperez, souventesfois ils perdent la vie & l'ame ensemble. Partant il me semble que ceux là sont indignes de la compagnie de nos fols paisibles & contens, & qu'ils meritent d'estre releguez à l'abandon de ces furieux tourmentez.
Des plaideurs.
Des plaideurs. A ceux cy ont grande conformité les enragez plaideurs, lesquels esperans tousjours sur leurs adversaires estre victorieux font les procés immortels, & tout le temps de leur vie tourmentent eux & autruy: estans continuellement reduicts à la discretion des sermens & depositions de tesmoings, & de instrumens faulx: & souventesfois se trouvent vollez par la malignité & mauvaises consciences des Juges, des Advocats, des Procureurs & des Notaires, qui sont les vrayes sangsues du bien d'autruy, & certainement la peste de la vie humaine. Car estans accordez & bandez à la ruine de l'une & l'autre des deux parties, comme affamez vautours ne cessent de les manger & devorer avec leurs tromperies & trahisons, en deniant la justice, & monstrant le faulx pour le vray. Et ces pauvres miserables plaideurs aveuglez de raige, jamais ne s'en apperçoivent, jusques à ce qu'ils se trouvent par les murailles & les portes excommuniez, mauldicts, & en la compagnie du diable. Et puis pour sortir hors des mains des sergens, & n'estre confinez és prisons, ils se recommandent aux chapitres Odoardus, & Pervenit alternativè, & à Cedo bonis, ou pour mieux dire, selon le proverbe ancien, ils donnent du cul au lyon. Et souventesfois estans de grace receus aux hospitaux, meurent en grande necessité.
Des mariniers & navigans.