La renommée me fit plus d'honneur que je ne méritais. Elle ne se contenta pas de semer le bruit de mes talents dans les États du roi mon père, elle le porta jusqu'à la cour des Indes, dont le puissant monarque, curieux de me voir, envoya un ambassadeur avec de riches présents, pour me demander à mon père, qui fut ravi de cette ambassade pour plusieurs raisons. Je partis donc avec l'ambassadeur, mais avec peu d'équipage, à cause de la longueur et de la difficulté des chemins.
Il y avait un mois que nous étions en marche, lorsque nous découvrîmes de loin un gros nuage de poussière, sous lequel nous vîmes bientôt paraître cinquante cavaliers bien armés. C'étaient des voleurs qui venaient à nous au grand galop.
Scheherazade, étant en cet endroit, aperçut le jour, et en avertit le sultan, qui se leva; mais voulant savoir ce qui se passerait entre les cinquante cavaliers et l'ambassadeur des Indes, ce prince attendit la nuit suivante impatiemment.
XXXIVE NUIT
Il était presque jour lorsque Scheherazade reprit de cette manière l'histoire du second Calender:
Madame, poursuivit le Calender en parlant toujours à Zobéide, comme nous avions dix chevaux chargés de notre bagage et des présents que je devais faire au sultan des Indes de la part du roi mon père, et que nous étions peu de monde, vous jugez bien que ces voleurs ne manquèrent pas de venir à nous hardiment. Nous n'étions pas en état de repousser la force par la force. L'ambassadeur fut tué, je fus blessé et je ne dus mon salut qu'à une prompte fuite...
XXXVE NUIT
Dinarzade ne manqua pas d'appeler la sultane de meilleure heure que le jour précédent, et Scheherazade continua dans ces termes le conte du second Calender:
Me voilà donc, madame, dit le Calender, seul, blessé, destitué de tout secours, dans un pays qui m'était inconnu. Je n'osais reprendre le grand chemin, de peur de retomber entre les mains de ces voleurs. Au bout d'un mois de marche, je découvris une grande ville très-peuplée, et située d'autant plus avantageusement qu'elle était arrosée, aux environs, par plusieurs rivières, et qu'il y régnait un printemps perpétuel.
Les objets agréables qui se présentèrent alors à mes yeux me causèrent de la joie, et suspendirent pour quelques moments la tristesse mortelle où j'étais de me voir en l'état où je me trouvais. J'avais le visage, les mains et les pieds d'une couleur basanée, car le soleil me les avait brûlés; à force de marcher, ma chaussure s'était usée, et j'avais été réduit à marcher nu-pieds; outre cela, mes habits étaient tout en lambeaux.