[P. 45.] Les dames «après s'être conseillées». Ou avoir pris conseil. On dirait aujourd'hui s'être consultées, mais avec moins d'exactitude.

[P. 45.] Les Saisnes sont les Saxons; les Irois, les Irlandais, souvent confondus avec les Escots ou Écossais. Pour la forme Saxons, elle eût écorché la bouche délicate de nos anciens Français: ils préféraient les Saisnes (Saxoni), et la Sassogne (Saxonia), au lieu de notre Saxe.

[P. 46.] Un riche peigne dont les dents étaient garnies de ses cheveux. Admettons qu'alors les beaux cheveux blonds des dames ne fussent jamais imprégnés d'huiles ou de pommades parfumées, on se rendra mieux compte du prix que les amoureux attachaient au don d'un peigne garni comme celui que Genièvre envoie à Lancelot. Ce mot peigne nous tient aujourd'hui en respect: autrefois c'était fréquemment une œuvre d'art. On en voit d'un charmant travail dans plusieurs cabinets, entre autres dans celui des Antiques de la Bibliothèque nationale. On y traçait à la pointe le Jugement de Paris, la Punition d'Actéon, ou quelque belle devise galante.

[P. 70.] La dame le fait asseoir sur «la couche». L'usage de la couche répondait assez à celui de nos divans. Il ne faut pas la confondre avec notre lit; les dames du Lancelot l'auraient fait partager trop fréquemment à ceux qui les visitaient.

[P. 70.] À Dieu soyez-vous recommandée! Cette pieuse formule est devenue tellement elliptique que bien des gens aujourd'hui ne s'en rendent plus compte en la prononçant. Nous cessons depuis longtemps d'écrire: À Dieu! on dit adieu, on fait ses adieux. On parle même des gens qui ont dit, les uns adieu à l'Église, les autres adieu à Satan. Ce que c'est d'oublier le vrai sens des mots!

[P. 75.] La bonne épée «Sequence». On voit, ici combien de remaniements souvent fâcheux dans les traditions. Le nom véritablement consacré de l'épée d'Artus est Escalibur. Les romanciers y ont substitué d'abord Marmiadoise, en faisant donner Escalibur à Gauvain. Ici, on nous parle de Sequence, la moins autorisée des trois épées. Au reste, il est rare, dans nos romans, de voir désigner les armes et les chevaux par des noms particuliers. Je ne me souviens que de ces trois épées et du cheval de messire Gauvain, Gringalet, nom que le Lancelot n'admet même pas.

[P. 87.] Il eut soin de mander les quatre clercs, etc. Le fond de cet alinéa a été plus tard défiguré dans le texte du manuscrit 751, que j'ai donné en note. Voici celui du manuscrit 752: «Celui jor furent mandé li cler qui metoient en escrit les proesces as compaignons de la maison le roi. Si estoient quatre. Et avoit non li uns Arodion de Coloigne, e li segons Taudramides de Verzeaus, e li tiers Thomas de Tolède e li quarz Sapiers de Baudas. Cil, quatre metoient en escrit quanque li compaignon le roi faisoient d'armes. Si mistrent en escrit les aventures monseignor G. tot avant, porce que ce estoit li comencemens de la queste; e puis les Hector, porce que del conte meesmes estoient branches. E puis les aventures as autres XVIII compaignons. E tot ce fu del conte Lancelot. E tuit cest conte estoient branches, e li contes Lancelot meismes fu branche del grant conte del Graal, si tost com il fu ajostés.»

On voit ici que le «Grand conte du Graal» ne fut constitué que par la réunion successive des branches qu'avaient formées le Merlin, l'Artus, le Gauvain et le Lancelot. La branche de Gauvain n'est plus aujourd'hui séparée, au moins dans les romans en prose, de celles d'Artus et de Lancelot. Tout semble porter à croire que les deux livres d'Artus et de Lancelot étaient, dans l'origine, parfaitement indépendants du Saint Graal et du Merlin. C'est pour avoir voulu raccorder les deux premiers aux deux seconds que les arrangeurs définitifs auront été obligés de recourir çà et là à des interpolations.

[P. 95.] En tendant les bras à son «nourri». Nous avons perdu ce mot, désignant celui qui avait passé sa jeunesse, avait été nourri, élevé, dans la maison d'un parent, ami, patron ou client, devenu père nourricier. Ainsi Eginhard nomme-t-il Charlemagne nutritor meus; ainsi Guillaume de Machault se disait-il le nourri du roi de Bohême.

[P. 97.] On vit descendre devant le «degré». Ancien nom de notre escalier. Celui du Palais de Justice s'appelle encore le degré.