[P. 137.] On apporta les «Saints.» Les reliques de saints sur lesquels on jurait. Il faut remarquer que dans ce temps-là le serment (sacramentum) se prêtait soit en adjurant Dieu représenté par une église, soit en posant la main sur l'évangile ou de saintes reliques qu'on faisait venir de l'église ou qu'on y allait chercher. On les invoquait comme garants de l'engagement pris ou de la vérité des déclarations. Mentir au serment ainsi prêté, c'était se dévouer à la vengeance céleste; c'était renier Dieu et les saints.
[P. 138.] L'Apostole. C'est le synonyme ordinaire du mot pape. On a dit aussi la pape. Nous conservons encore le Siége apostolique.
[P. 141.] Il avait la barbe et les cheveux roux. Cette prévention contre les gens à cheveux roux accuse assez bien un gallo-breton. Les hommes de cette race étaient généralement bruns, comme nos Bretons du continent. Ils tenaient pour ennemis mortels les conquérants Anglo-Saxons, généralement roux. Il est vrai que, parmi les compagnons de Guillaume le conquérant, il devait se trouver autant de cheveux roux que de cheveux noirs; mais Henri II, le protecteur de notre auteur, était, au moins par son père, Angevin.
[P. 143.] Un «behourdis» à armes courtoises fut disposé dans la prairie. Le behourdis était un exercice militaire comme les tournois et, plus lard, les Tables rondes. Il n'était pas interdit aux écuyers ni aux simples valets. Le plus souvent, il s'agissait de franchir à cheval, et tout en combattant, des obstacles plus ou moins dangereux.
[P. 144.] Le «glaive» de Meléagan se brisa. Par glaive, il faut toujours entendre ici la lance ou l'épieu, non l'épée. De l'ancienne forme est venu glavelot, javelot (gladium, gladiolum). La hante (hasta) était le bois du glaive.
[P. 144.] Et tomba sous les pieds de son «destrier». L'écuyer d'un chevalier prêt à combattre conduisait, à la dextre du cheval qui portait son maître, le cheval de bataille que le maître ne montait qu'après s'être fait complètement armer. De là le nom de destrier (dexterarius) donné au cheval de guerre.
[P. 146.] Des «mires» lui recommandent un repos absolu. Mire représente le latin medicus, et ne vient pas de l'arabe. On a dit mie, mege, et enfin mire.
[P. 179.] Prononcer le honteux mot de recréance. Avouer qu'on avait soutenu une mauvaise cause, et qu'on était outré, vaincu. On appelle encore aujourd'hui un cheval recru, celui qui est las, harassé, et ne peut avancer d'un pas.
[P. 179.] Si m'ait Dieu, adjuration sacramentelle: Ainsi Dieu me soit en aide! (Sic me Deus adjuvet.)
[P. 187.] Allons ensemble le «mettre à raison», c'est-à-dire lui parler, le faire parler. Aujourd'hui, dans un sens presque analogue, arraisonner. Dans le livre curieux de Gautier Map De Nugis curialium, ce gallicisme est traduit mot à mot: «Dicunt Herlam regem.... positum ad rationem ab altero rege....» (Dictinctio I, chap. XI.)