Si on n'a pas pris un accompagnateur de métier, tort grave, il faut s'adresser à une personne de bonne volonté très expérimentée.

Il faut qu'elle soutienne la voix dont l'émotion glace le talent de la jeune personne ou du jeune ténor dont les notes tremblent.

Le savoir-vivre ordonne à l'accompagnateur de ménager les mesures si tel est le bon plaisir du chanteur ou de la chanteuse; de laisser aller complètement la pensée d'un maître afin de permettre à un amateur d'escamoter les passages où fatalement il sombrerait, enfin de s'annihiler complètement.

Bref, être accompagnateur est une mission à éviter si on peut le faire sans mécontenter ses amis; de même tourner les pages est un petit supplice.

Il ne suffit pas d'être un bon musicien pour s'acquitter de cette tâche.

Tel artiste joue de mémoire les dernières mesures de la page, tel autre les lit jusqu'au bout, il y a des reprises qu'on exécute ou qu'on saute.

Les uns exigent de vous une précision très grande, d'autres laissent tourner tranquillement; n'allez pas trop vite en vous acquittant de votre tâche; vous pourriez faire tomber la musique; feuilletez d'avance le morceau afin que les feuillets ne soient pas collés les uns aux autres.

Il est bon de ne pas s'offrir pour cet exercice difficile et d'attendre que le maître de la maison vous le demande; pourtant, si vous voyez un exécutant luttant péniblement pour tourner ses pages lui-même, il serait de bonne charité de lui venir en aide.

On doit nécessairement éviter de chanter après une personne un morceau similaire; si on lui est inférieur on est écrasé, et si on lui est supérieur on l'écrase; c'est donc désagréable pour tout le monde, y compris les maîtres de la maison et les invités.