Les hommes donnent un très léger coup de chapeau aux personnes qu'ils peuvent connaître dans la salle; les femmes répondent par une petite inclination de tête; jamais de sourires ou de signes avec l'éventail.

Un homme ne doit jamais laisser seule dans sa loge la dame qui est avec lui.

Une femme lorgne la scène, mais doit à peine lorgner dans la salle, surtout jamais fixement.

Un homme bien élevé ne lorgnera pas non plus avec obstination.

On peut s'amuser franchement au théâtre, mais non rire aux éclats.

On ne doit pas non plus faire des réflexions pouvant gêner ses voisins, ni bavarder de telle manière qu'on les empêche d'entendre la pièce.

Si on a déjà vu la pièce, rien de plus fâcheux que de déflorer le plaisir de la ou des personnes qui sont avec vous, en la leur racontant.

Lorsque nous avons des places aux fauteuils ou aux stalles, arrangeons-nous pour arriver à l'heure ou dans un entr'acte, afin que notre venue ne trouble pas un rang entier de spectateurs. A ce propos, une «leçon de choses»; un croquis fantaisiste qu'on nous pardonnera à cause de son exactitude.

Dans un théâtre où les passages sont très étroits, arrive une grosse dame, rouge, essoufflée, qui se trouvant placée juste au milieu du rang, a une quinzaine de personnes à déranger; elle s'avance et commence par faire pousser un «aïe!» de douleur à une jeune femme; elle s'excuse, continue à marcher, heurte les genoux d'un vieux monsieur peu endurant et peut-être goutteux, qui se fâche: troublée, la dame s'empêtre dans un petit banc et fait un bruit épouvantable pendant que, d'une voix douce et pâmée, la jeune première disait des choses très intéressantes à un acteur en perruque bien frisée; la grosse dame arrive alors devant une autre dame qui n'a pas la précaution de lever son fauteuil pour faciliter le passage, et il se produit une collision.

Enfin elle arrive à sa place. Myope, elle se penche pour voir le numéro de son fauteuil, et elle écrase à demi un ravissant petit chapeau en fleurs porté par une jeune fille placée au rang devant elle; celle-ci l'appelle maladroite et lui fait les yeux d'une demoiselle à laquelle on abîme un chapeau neuf, jugez, mesdames! La dame s'excuse encore à haute voix: des «chut» énergiques se font entendre. Pensez donc, le traître va sortir son poignard et le père noble sort une grande tirade! La dame s'assied, prend sa jupe dans le ressort du fauteuil, se lève, lutte désespérément pour retirer l'étoffe, reste debout et masque ainsi la scène à un petit garçon qui pousse des cris de paon parce qu'il «ne voit plus les belles dames». «Assis, assis!» crie-t-on de toutes parts. Encore plus rouge, la spectatrice s'assied enfin; elle tire sa jumelle, en fait tomber l'étui, se baisse, fouille sous les fauteuils et gêne encore ses voisins; comme elle a plus chaud qu'en arrivant, elle s'évente avec son mouchoir et pousse des ouf. Pendant l'entr'acte, elle appelle le marchand de programmes et, au lieu de s'être précautionnée de monnaie, elle lui fait changer une pièce de vingt francs; celui-ci va chercher la monnaie; comme il reste un peu longtemps, qu'il s'arrête en route pour vendre d'autres programmes, la grosse dame l'interpelle à haute voix. Ce fut son dernier exploit.