Sans doute lorsqu'on possède (et c'est, pour ainsi dire, le cas de tous les gens bien élevés), lorsqu'on est doué de cette qualité impalpable qui se nomme le tact, on peut affronter les situations les plus délicates.
Il n'en est pas moins vrai que tel ou tel événement fortuit vous transforme soudain en un témoin, en une marraine ou un parrain, en une demoiselle ou un garçon d'honneur et que ce sont là des emplois pour lesquels... on ne naît pas, auxquels rien ne nous a disposé, quelque parfaite qu'ait été notre éducation première.
Et ces usages particuliers changent, se transforment selon l'époque et la mode. Cette façon d'agir en telle circonstance était, il y a trente ans, parfaitement correcte, exquise même; aujourd'hui elle ferait sourire.
Mais toute affirmation a besoin d'une preuve, et de toutes les preuves littéraires, l'anecdote est la meilleure.
On a prétendu, d'une façon assez plaisante, que le prince de Talleyrand avait une échelle de proportion pour offrir aux convives qu'il recevait à sa table, leur part de tel ou tel plat.
C'était une échelle descendant depuis le titre de Duc jusqu'à la simple dénomination de Monsieur.
Il découpait lui-même et s'adressait à ses convives dans l'ordre suivant:
—Monsieur le duc, Votre Grâce me ferait-elle l'honneur d'accepter de ce bœuf?
—Mon prince (titre romain inférieur à celui de duc); aurai-je l'honneur de vous envoyer du bœuf?
—Monsieur le marquis, accordez-moi l'honneur de vous offrir du bœuf!