—Monsieur le comte, aurai-je le plaisir de vous envoyer du bœuf?

—Monsieur le baron, voulez-vous du bœuf?

Lorsqu'il arrivait au simple Monsieur, dit la légende (un peu arrangée sans nul doute), le diplomate frappait son assiette avec la main, fixait ses yeux sur ceux du dernier convive en lui criant:

—Bœuf?

Quoique certains grands personnages, si l'on en croyait les chroniques, aient imité ce singulier cérémonial, nous ne savons dans quelle maison hautaine on pourrait tenter de le ressusciter aujourd'hui.

Non, la politesse française a, Dieu merci, franchi le seuil de toutes les demeures, et de plus en plus rares sont les fonctionnaires ou les employés qui, sur notre douce terre, malmenaient traditionnellement l'infortuné public.

Il arrive même, chez nous, que les ouvreurs de portières sont uniformément gracieux.

En Allemagne, au contraire, les hommes qui, sur les chemins de fer, sont chargés du contrôle des billets, parlent aux voyageurs selon la «classe» occupée:

A ceux de Première, ils disent, en saluant avec beaucoup de déférence: Bitte die Herrschaft gefælligst die Billette vorzuzeigen, c'est-à-dire «que Leurs Seigneuries aient la bonté de montrer leurs billets!»

A ceux de Seconde, ils s'adressent plus sommairement: Billette, gefælligst, «Vos billets, s'il vous plaît»; enfin aux portières des wagons de 3e classe, ils grognent, en forme de commandement militaire: Billet'heraus! «Sortez billets!»