Ces nuances, ou plutôt ces brutalités, n'apparaissent plus en France qu'à de très rares exceptions.

Il est vrai qu'on a multiplié, je le répète, les traités de bonnes manières.

En l'an 1671, le gentilhomme Antoine de Courtin publiait (et ce n'était pas le premier ouvrage de ce genre) un Traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnestes gens, traité réédité, corrigé, augmenté avec approbation et privilège du Roy, et qui en l'année 1712 se vendait à Paris chez Louis Josse, à la Couronne d'épines, et chez Charles Robustel, au Palmier, deux boutiques voisines, dans la même rue Saint-Jacques.

Un peu plus tard, en 1749, parut la fameuse Civilité puérile et honneste, dressée par un missionnaire, avec des «préceptes et instructions pour apprendre à la jeunesse à se bien conduire dans les compagnies».

Que si on se reporte au temps de la parfaite gentilhommerie selon les classiques, c'est-à-dire à l'époque du Roi Soleil lui-même, on peut se convaincre aisément que ces maîtres laissaient encore beaucoup à désirer.

Le sieur de Courtin déclare, en effet, dans sa Préface, qu'il se trouve que son traité «est très utile non seulement aux personnes qui ont des enfants à élever et aux jeunes gens, mais encore à ceux-là même qui, bien qu'avancez en âge, ne sont pourtant pas assez instruits de la politesse et de l'honnêteté que l'on doit observer dans le commerce du monde».

Ce fut, plus tard et jusqu'à nos jours, une suite ininterrompue d'ouvrages du même genre qui se répandirent d'autant plus que chacun a la juste prétention de se conduire comme un gentilhomme.

La place nous manque pour énumérer les titres de tous ces livres, mais à travers la liste des noms de trois cents auteurs ayant colligé les «usages du monde» nous citerons parmi les prédécesseurs de notre Parisienne, Madame Emmeline Raymond, madame Tarbé, la fameuse comtesse de Bassanville, madame de Waddeville, madame d'Alq, mademoiselle de la Jonchère, madame Alice Vernon, madame Ermance Dufau, la baronne Staffe très estimée.

Sous des titres nécessairement enserrés dans le cercle étroit d'un même sujet, ces femmes instruites et distinguées ont consigné, avec les remarques des autres, leurs propres observations.

En ces dernières années, aux Usages du Monde de l'abbé Bourgeau (1864) précédé par Bescherelle aîné qui écrivit l'Usage du Monde, et suivi par l'homme (également du monde) qui produisit les Usages du Monde en 1880, on a vu paraître «Usages du Monde» de la baronne Staffe, à laquelle nous avons rendu justice.