«Paris, 20 décembre 1881.
»Notre correspondant de Saint-Pétersbourg nous annonce par le télégraphe que le général Ignatieff a reçu ce matin la dépêche suivante, que je transcris littéralement:
«Irkoutsk, 19 décembre, 6 h. 25, soir.
»Le gouverneur d'Yakoutsk écrit que le 14 septembre, trois habitants de Hagan-Oulouss-de-Zigane, localité près du cap Barhay, ont découvert un grand canot contenant onze survivants de l'équipage du steamer naufragé la Jeannette, au cap Barhay, à 140 verstes au nord du cap Bikoff. Ces gens avaient beaucoup souffert. L'adjoint au chef du district a reçu aussitôt l'ordre de se rendre auprès d'eux, avec un médecin et des médicaments, pour leur donner les soins que réclamaient leur état, et de se mettre à la recherche du reste de l'équipage naufragé. Cinq cents roubles ont été aussitôt mis à sa disposition pour faire face aux dépenses urgentes.
»L'ingénieur Melville a expédié trois dépêches identiques: une au directeur du bureau du Herald à Londres; une seconde au secrétaire de la marine à Washington, et une troisième au ministre des États-Unis à Saint-Pétersbourg. Les pauvres malheureux arrivés ici ont tout perdu. L'ingénieur Melville raconte que la Jeannette était emprisonnée dans les glaces et fut écrasée par elles le 23(?) juin, par 77° de latitude nord et 157° de longitude est. L'équipage est parti dans trois bateaux. A cinquante milles de l'embouchure de la Léna, ils se sont perdus de vue mutuellement, pendant une violente tempête et au milieu d'un brouillard intense. Le canot no 3, sous le commandement de l'ingénieur Melville, est arrivé à l'embouchure du bras oriental de la Léna le 29 septembre, et fut arrêté pur des icebergs près du hameau d'Idolaciro-Idolatre; le 29 octobre, Ninderman et Noros, du canot no 1, sont aussi arrivés à Bolonenga (Boulouni). Ils apportaient la nouvelle que le lieutenant de Long, le Dr Ambler et une douzaine d'autres naufragés, avaient abordé à l'embouchure la plus septentrionale de la Léna, où ils se trouvent actuellement, dans la plus affreuse détresse. Bon nombre ont les pieds gelés. Des gens sont immédiatement partis de Bolonenga, pour s'occuper activement de retrouver ces malheureux, qui sont en danger de périr. Aucune nouvelle n'a encore été reçue du canot no 2. Dans sa dépêche à M. Bennett, Melville le prie d'envoyer immédiatement, par télégraphe, de l'argent à Yakoutsk ainsi qu'à Irkoutsk. Je vous prie de demander instamment que 6,000 roubles soient mis de suite à la disposition du gouverneur d'Yakoutsk, afin qu'on puisse aller à la recherche des morts et porter secours et assistance aux autres naufragés, qu'on veut faire venir dans la maison du gouverneur. Là, ils trouveront un médecin qui leur prodiguera tous les soins que la science pourra lui suggérer.
»Signé: Président Pédachenko.
«Contre-signé par le ministre de l'intérieur: Obreskoff.»
CHAPITRE IX.
Dépêche adressée d'Irkoutsk au bureau du New-York Herald, de Londres, le 21 décembre, et signée Melville. —M. Melville demande de l'argent. —Réponse télégraphique de M. Bennett, contenant une dépêche du général Ignatieff annonçant envoi de fonds. —Réponse du secrétaire d'État des États-Unis. —Réponse du secrétaire de la marine. —De tous côtés on envoie de l'argent.
Nouvelle dépêche de M. Bennett. —Où ont été trouvés M. Melville et ses compagnons? —Par qui?