Nous avons commencé nos préparatifs de départ à 7 heures 10. Nous laissons derrière nous une carabine Winchester hors de service et cent soixante et une livres de munitions; il nous reste deux Remingtons et deux cent quarante-trois cartouches.
J’ai laissé la note suivante dans la hutte que nous avons quittée ce matin:
»Vendredi, 7 octobre 1881.—Les officiers et matelots ci-dessous dénommés, du steamer américain la Jeannette, partent d’ici ce matin pour se rendre à marche forcée à Kumah-Surka ou à quelque autre station située sur le bord de la rivière Léna.
»Nous sommes arrivés ici mardi, 4 octobre avec un de nos compagnons, malade, le matelot H.-H. Erickson qui est mort hier matin et a été enterré dans le lit de la rivière, à midi.
»Il a succombé aux suites des atteintes du froid qu’il avait enduré, et d’épuisement.
»Les survivants de notre troupe sont en bonne santé, mais nous n’avons plus de vivres, car nous avons mangé nos dernières rations ce matin.
»George W. de Long,
»commandant de l’expédition.»
Partis à 8 heures 30, nous avons marché jusqu’à 11 heures 20 pour faire environ trois milles. Au bout de ce trajet nous étions tous à peu près épuisés. Ayant rencontré un gros bloc de bois rejeté par le courant, j’ai pensé que la place était favorable pour chauffer de l’eau; j’ai donné l’ordre de faire halte pour dîner: une once d’alcool dans un pot de thé. Nous avons ensuite repris notre marche et nous sommes arrivés à un cours d’eau qui nous a semblé la branche principale du fleuve. En essayant de traverser, quatre d’entre nous sont passés à travers la glace; alors, craignant les effets du froid, j’ai fait allumer du feu sur la rive occidentale pour sécher nos vêtements. J’ai envoyé Alexis à la chasse pendant cette halte, en lui recommandant de ne pas trop s’éloigner et de ne pas rester trop longtemps; à 1 heure 30, il n’était pas encore de retour et on ne l’apercevait nulle part.
Légère brise du sud-ouest, brouillard, montagnes en vue dans la direction du sud.