Le soleil nous était apparu par réfraction, pour la dernière fois, le 10 novembre; le 11 il avait disparu.

Heureusement, pendant ces deux mois, nous n’eûmes à supporter aucune tempête violente.

Pendant le premier hiver, les observations météorologiques avaient été faites d’heure en heure. M. Collins y apportait un soin extrême, et ne perdait jamais une occasion de recueillir quelque donnée nouvelle, intéressante pour la science. Au reste, il était aidé dans ce travail par chacun des officiers, qui venait à son tour lui prêter son concours.

Les observations astronomiques furent d’abord confiées au lieutenant Danenhower, mais lorsqu’il tomba malade, le capitaine et le lieutenant Chipp, le remplacèrent. Ce dernier, qui était un électricien accompli, reprit, en outre, le programme donné par l’Institut smithsonien aux marins du Polaris, et s’attacha à étudier tous les phénomènes électriques, principalement les variations du galvanomètre pendant les aurores boréales. Il recueillit ainsi plus de deux mille observations, qu’il se proposait de soumettre, à son retour, à un spécialiste, afin de faire rectifier ses erreurs d’appréciation. Il remarqua que l’écart putatif de l’aiguille était toujours en raison directe de l’intensité d’éclat des aurores.

Il installa aussi des fils téléphoniques en dehors du navire, mais ceux-ci ne lui causèrent guère que des ennuis, car, à chaque instant, ils étaient brisés par le vent ou par le mouvement des glaces. Les téléphones du navire fonctionnaient, au contraire, d’une façon très régulière. Parmi ses observations astronomiques, il en fit sur les éclipses des satellites de Jupiter, qui lui fournirent d’excellentes données pour corriger les erreurs de nos chronomètres; pour ce genre d’observation il employait un télescope marin perfectionné, qu’il avait monté sur un baril. Il employa aussi, par la suite, un télescope de transit, monté de la même façon. Ces observations étaient bien préférables aux observations lunaires pour régler nos chronomètres.

Comme l’année précédente, le jour de Noël fut un jour de réjouissance pendant lequel les hommes de l’équipage, nous donnèrent une charmante soirée, dans la cabane du pont. Bouquets et bouquetières, rien n’y manquait. «Les bouquets, dont un se trouve en ce moment sous mes yeux, dit M. Newcomb, à qui nous empruntons tout le récit de cette fête, étaient faits avec du papier vert et du papier violet, et le matelot Johnson vint nous les offrir en adressant à chacun un de ses plus gracieux sourires. Pauvre camarade! il est aujourd’hui disparu. C’était un brave garçon et un matelot d’élite. De tous ceux qui, cette nuit-là, prirent part à la représentation comme acteurs, neuf sont parmi les manquants.

»Voici le programme de cette représentation:

MINSTRELS DE LA JEANNETTE.

PROGRAMME.

Première Partie.