»Telles étaient les couleurs assez sombres sous lesquelles l’avenir se présentait à nous, lorsque nous commençâmes, pour la seconde fois, nos préparatifs d’hivernage.»
CHAPITRE IV.
Seconde année dans les glaces.
Le navire une seconde fois dans ses quartiers d’hiver.—Commencement de la nuit de trois mois.—Observations astronomiques et téléphoniques.—Fêtes de Noël et du nouvel an.—Canal Melville.—Trou Dunbar.—Retour de la lumière.—Terre.—Extraits du livre de loch.—L’île Jeannette.—Épaisseur de la glace.—État de la glace.—Une seconde île.—L’île Henrietta.—Descente d’une troupe d’explorateurs sur cette île.—Description de l’île Henrietta.—Melville trompé par l’heure.—Il laisse un cairn sur l’île avec des papiers pour constater sa prise de possession.—Préparatifs à bord en vue de la rupture définitive des glaces.—État de celles-ci.—La débâcle commence.
Le navire fut établi dans ses quartiers d’hiver dès le mois de septembre. Des remblais de neige furent élevés tout autour, et le quartier des matelots fut réinstallé sur ce pont que la tente couvrit dans toute sa longueur. On y comprit même le faux-pont. Économie et rationnement furent à l’ordre du jour pour les vivres et les vêtements aussi bien que pour le charbon. Toutefois le règlement d’hiver, pour les repas, les heures d’exercice, etc., ne fut appliqué que le 1er novembre.
Malgré ce que nous venons de dire, l’été de 1881 avait été relativement calme, mais en octobre les glaces reprirent leur mouvement, et vers le milieu du mois la nappe se fendit de nouveau en une infinité de morceaux qui, s’empilant les uns sur les autres, formèrent des monticules dont les étreintes eussent été funestes pour tout navire qui se fût trouvé pris entre eux. Le thermomètre tomba à 46° vers le 15. Lorsqu’on marchait sur la neige, qui avait recommencé à tomber, elle résonnait sous les pieds rendant un son métallique capable de couvrir celui de la voix.
«Lorsque la glace, dit M. Newcomb, venait de se rompre près de nous, vous entendiez un bruit sourd et prolongé puis vous ressentiez une sorte de trépidation qui vous avertissait que quelque chose se passait sous vos pieds; puis soudain la glace s’enfonçait avec le bruit d’un coup de canon. Bien que prévenu, ce bruit ne laissait jamais que de vous faire tressaillir. Mais le glaçon vous entraînait, et il n’était que temps pour vous de chercher asile sur un autre, qui, souvent, vous réservait la même surprise. Maintes fois j’ai été acteur dans cette scène qui vous charme et vous attire.»
Novembre et décembre furent aussi extrêmement froids bien que dans le premier la température subît de grandes variations, tombant à -33° dans la première semaine pour se relever à +8° vers la fin. Au reste toutes les fois que la glace venait à se rompre il se produisait un relèvement de la température produit par dégagement de chaleur qui se dégageait de la crevasse. Les plus basses températures coïncidaient toujours avec le temps clair. On observa plusieurs météores dans le courant de ce mois. Ces phénomènes avaient surtout de l’intérêt pour M. Collins, qui avait toujours quelque chose d’intéressant à nous dire à leur sujet, et cela avec ce charme de langage qui lui était propre.
Pendant le mois de décembre, le navire ressentit de nombreuses commotions et la pression des glaces devint terrible.