Le professeurM. Boyd.
Agent, amoureux de la fille du professeur.H.-W. Leach.
La fille du professeurW. Shawell.
Les deux frères siamoisP.-E. Johnson et H. Warren.

FINAL.

The Star Spangled Banner, par la troupe tout entière.

La veille de Noël 1880.

»Le vendredi soir, 31 décembre, nous eûmes une nouvelle représentation, la dernière donnée par les hommes de l’équipage, à l’ouverture de laquelle M. Collins lut un long prologue, aux applaudissements de toute l’assemblée.»

Le mois de janvier fut remarquable à cause de ses variations de température; au reste il fut plus doux que les deux précédents. Vers le 15, le vent se fixa au sud-est et nous fit dériver vers le nord-ouest. La profondeur de la mer augmentait graduellement à mesure que nous avancions dans cette direction, tandis qu’elle diminuait dans toutes les autres. Dans sa marche forcée, le navire suivait donc une espèce de chenal. Celui-ci reçut le nom de canal de Melville, car notre ingénieur fut le premier à signaler son existence. Chaque matin, le lieutenant Chipp faisait des sondages, qui, au bout d’un certain laps de temps, nous permirent de juger, à l’estime, de notre direction, avec une précision telle que nos supputations se trouvaient correspondre exactement avec les calculs basés sur les observations. Pour mieux préciser la vitesse du mouvement qui nous emportait, le lieutenant avait établi une échelle graduée d’après l’espace parcouru dans la journée: un mouvement lent correspondait à trois milles; un mouvement modéré, à six; un mouvement rapide, à neuf; enfin un mouvement très rapide, à douze. Avant de faire une observation, M. Chipp tenait toujours compte de la direction et de la rapidité du courant ainsi que de la position du navire. D’ailleurs, son jugement était excellent.

Février fut le mois le plus froid cette année-là. La moyenne de température établie pour les trois mois précédents ne fut que six degrés plus basse que celle des trois mois correspondants de l’année 1880. Nos sondages continuaient à être de trente-trois brasses. Cependant un matin M. Dunbar signala quarante-quatre brasses. Cet endroit fut désigné sous le nom de trou Dunbar. Au reste nous devions y revenir un peu plus tard.

Ce fut le 15 février que nous revîmes le soleil pour la première fois, et son apparition fut saluée par plusieurs salves de cheers. Nous dérivions alors rapidement vers le nord-ouest, et la neige s’était tellement accumulée autour du navire qu’à cinquante ou soixante mètres, on ne voyait plus que la cheminée et les épars. Le glaçon au milieu duquel nous étions emprisonnés avait considérablement perdu de son étendue; on eût dit que la Jeannette était dans son dernier dock. Mais à ceux qui prétendent qu’un navire court peu de dangers dans l’Océan Arctique, on pourrait répondre: «On voit que vous n’y êtes jamais allé, car un navire pris dans les glaces est comme celui qui se trouve sous un feu roulant.»

Le commencement du printemps n’offrit aucun incident digne d’être noté. Ce ne fut que le 6 avril que nous vîmes le premier guillemot de l’année; néanmoins, pendant ce mois, nous aperçûmes un plus grand nombre d’oiseaux que nous n’en avions remarqué l’année précédente à pareille époque. Nous distinguâmes même parmi eux quelques espèces nouvelles. Cependant les êtres animés étaient rares et tous les hommes durent partir à la chasse quand le docteur demanda des vivres frais pour l’indien Alexis. Celui-ci était paraît-il, menacé du scorbut, et souffrait beaucoup d’abcès qu’il avait aux jambes. Du reste la santé générale de l’équipage faiblissait à vue d’œil. A la visite réglementaire du premier mai, le docteur Ambler dut porter six ou sept hommes sur la liste des malades et les mettre au régime du whiskey et de la quinine. La saison était bonne cependant, et nous n’avions éprouvé aucune des tempêtes si fréquentes au printemps. Toutefois, quand je dis que la saison était bonne, il faut entendre aussi bonne qu’elle pouvait l’être dans l’Océan Arctique.

Enfin, le 18 mai, le vieux pilote Dunbar qui, depuis le commencement, du mois se tenait dans les hunes, cherchant avec opiniâtreté à découvrir la terre, parvint à en découvrir une au sud-ouest. La joie causée à bord par cette découverte fut indescriptible, car nous n’avions vu aucune terre depuis de longs mois, et depuis deux ans, le pied d’aucun de nous n’en avait foulé le sol. «Bien que le voisinage de cette terre dût rendre notre position plus critique encore, dit M. Newcomb, à cause de la rupture des glaces qui, à chaque instant, pouvait être fatale au navire, je ne pus cependant me défendre d’un certain sentiment de sécurité, comme si sa proximité seule suffisait à assurer notre sûreté.»