Ce qui va suivre est extrait du livre de loch, tenu jour par jour, à bord de la Jeannette par le capitaine de Long. Nous pourrons ainsi combler une lacune qui existe dans la narration du lieutenant Danenhower à qui l’état de ses yeux ne permettait pas de suivre le cours rapide des événements survenus jusqu’à la date fatale du 12 juin, jour où la Jeannette sombra.
Avant de citer ces extraits, M. Jackson, nous fait remarquer que le capitaine de Long, après avoir franchi le 180e méridien, a négligé d’avancer les dates d’un jour, comme il aurait dû le faire, dans la persuasion où il était que tôt ou tard, il serait, comme les navigateurs qui l’ont précédé dans ces latitudes, forcé de repasser ce méridien et entraîné dans la direction du nord-est. «C’est pourquoi, dit M. Jackson, je donnerai les dates réelles afin de marquer la position géographique de la Jeannette. En outre, ajoute-t-il, j’emprunterai au livre de loch, non-seulement le rapport officiel sur la découverte des îles, mais je le citerai jusqu’à la dernière page où se trouve une note écrite au crayon, de la main du lieutenant de Long.»
EXTRAITS DU LIVRE DE LOCH.
Loch du steamer arctique américain la Jeannette, tel qu’il a été tenu pendant que ce navire était emprisonné au milieu des glaces, et s’en allait à la dérive jusqu’à cinq cents milles au nord-ouest de l’île Herald dans l’Océan Arctique.
Mardi, 17 mai 1881, midi.—Latitude par observation directe: 60° 43´ 20´´ nord. 161° 53´ 45´´ est, par observation chronométrique faite dans l’après-midi; sonde: 43 brasses; fond vaseux. La ligne à plomb indique un faible courant au nord-ouest. Temps sombre et gris dans la matinée; clair et agréable dans l’après-midi. A sept heures du soir, le pilote Dunbar signale du haut du mât une terre portant au sud 78° 45´ ouest (magnétique) ou 83° 15´ ouest (vrai). Cette terre semble être une île, et la partie qui est visible pour nous a la forme indiquée dans les gravures jointes au présent livre.
Le rideau de brouillard qui en couvre une partie et s’étend au nord empêche d’en voir toute l’étendue. Cette île est également visible du pont; mais il est impossible d’en estimer la distance.
Aucune terre n’étant marquée sur nos cartes dans ces parages, nous supposons qu’il nous est permis de la considérer comme une nouvelle terre. Quoiqu’il en soit, c’est la première que nous voyons depuis le 24 mars, jour où nous avons aperçu pour la dernière fois la côte de la Terre de Wrangell.
Mercredi, 18 mai 1881.—76° 43´ 38´´ latitude nord; 161° 42´ 30´´; longitude est.
La terre découverte hier est restée en vue pendant toute la journée, d’une façon bien plus distincte. Nous pouvons aujourd’hui en déterminer la forme avec une grande exactitude.
Les nuages d’hier, ou le banc de brouillard, pour me servir de l’expression employée par les matelots pour les désigner, étant disparus de la partie supérieure de l’île, nous pouvons y distinguer des pointes rocheuses dont les flancs sont couverts de neige qui s’étendent derrière dans la direction de l’ouest, et se terminent en une masse conique qui simule le sommet d’un volcan.