Mercredi, 1er juin.—Pas d’observations.—A neuf heures du matin, un parti, composé de l’aide-ingénieur Melville, de M. Dunbar, des matelots W.-F.-C. Ninderman et H.-H. Erickson, du chauffeur de première classe Bartlett et de Walter Shawel, s’est mis en route pour essayer d’aborder sur l’île que nous avons découverte le 25, qui se trouve actuellement au sud-ouest un demi-ouest (vrai), à une distance approximative de douze milles. Ce parti emporte avec lui le Dingy, solidement attaché sur un traîneau attelé de quinze chiens, avec des vivres pour sept jours, des havre-sacs, des sacs pour dormir et enfin des armes.
Au départ des explorateurs, tout l’équipage était assemblé sur la glace. Le traîneau s’est mis en marche au milieu d’une triple salve de «Cheers.» A six heures du soir, on pouvait encore apercevoir la petite troupe à cinq milles du navire.
Jeudi, 2 juin.—77° 16´ 14´´ latitude nord.—On voit encore les voyageurs du haut des mâts; ils semblent arrivés à moitié chemin de l’île.
Samedi, 4 juin.—77° 12´ 55´´ latitude nord, 158° 11´ 45´´ longitude est.—L’apparence crevassée de la glace à l’avant du navire semble indiquer que celui-ci tend à se relever de son ber. Pour faciliter son exhaussement et pour le soulager de la pression exercée sur la quille et sous l’hélice, l’équipage a passé toute la journée à creuser la glace sous les voûtes d’arcasses et dans le voisinage du propulseur.
La glace avait la dureté du cristal de roche et adhérait si fortement contre les parois du navire, qu’elle portait imprimée en creux l’empreinte des plus petites inégalités du bois. Le grain de celui-ci et les fils de l’étoupe y étaient visibles sur les parties du glaçon dont la coque avait pu se détacher dans son mouvement ascensionnel.
Les relèvements de l’île que nos explorateurs sont allés visiter fournissent les indications suivantes: extrémité sud S. 52° ouest vrai; extrémité septentrionale sud 51° ouest vrai.
Dimanche, 5 juin.—Pas d’observations.—A 11 heures du matin, un feu a été allumé sur l’avant. On y a jeté force goudron et étoupes, afin d’obtenir une fumée épaisse et noire. C’était le signal convenu avec Melville pour lui indiquer notre position. A 4 heures, une brume épaisse s’étant élevée, nous avons tiré un premier coup de canon avec une pièce ordinaire; un second lui a succédé, mais avec le canon destiné à la pêche de la baleine. Pendant ce temps-là, nos charpentiers travaillaient activement à réparer la chaloupe à vapeur.
Lundi, 6 juin.—Pas d’observations.—L’équipage est assemblé pour la revue et la lecture du règlement. L’officier commandant passe ensuite l’inspection du navire. A 1 heure, célébration du service divin dans la cabine. A 6 heures, Melville et sa troupe sont en vue; ils reviennent vers le navire. Aussitôt, la garde de tribord reçoit l’ordre de se porter au-devant d’eux. A 9 heures, Ninderman, Erickson et Bartlett arrivent le long des flancs du navire, ramenant le pilote Dunbar, qui a été frappé de cécité complète par la réverbération de la lumière sur la glace. Le traîneau les accompagne. Melville et Shawell arrivent à leur tour à 10 heures 20.
Arrivés à cette date, nous quitterons pour un instant le livre de loch, afin de conserver, autant qu’il nous est possible, aux événements, leur ordre chronologique, et de donner quelques détails plus circonstanciés sur les deux îles que venait de découvrir l’équipage de la Jeannette.
On ne chercha point à aborder sur la première, mais néanmoins sa position astronomique put et fut sans doute déterminée d’une façon exacte, grâce aux données dont se servit le capitaine de Long. Pour faire cette détermination, il eut recours à la triangulation, opérant sur une base établie par observation sur une longue ligne, comprenant le chemin parcouru pendant plusieurs jours d’une marche rapide. Il avait fixé les extrémités de cette ligne de base au moyen de l’horizon artificiel et du sextant.