1. Si un homme meurt sans laisser de fils, son père ou sa mère survivant lui succédera.
2. A défaut du père et de la mère, les frères et sœurs qu'il a laissés lui succéderont.
3. A défaut des frères et sœurs, les sœurs de son père lui succéderont.
4. A défaut des sœurs du père, les sœurs de la mère lui succéderont.
5. A défaut de tous ces parents, les plus proches dans la ligne paternelle lui succéderont.
6. A l'égard de la terre salique[297], aucune portion de l'hérédité ne sera recueillie parles femmes, mais l'hérédité tout entière sera dévolue aux mâles.
Loi salique, édition et traduction par Peyré.
MEURTRE DES FILS DE CLODOMIR.
Vers l'an 533.
Childebert voyant que Clotilde, sa mère, donnait toute son affection aux fils de Clodomir, en conçut de l'envie; et, craignant que par la faveur de la reine, ils n'eussent part au royaume, il envoya secrètement vers le roi Clotaire, son frère, et lui fit dire: «Notre mère garde avec elle les fils de notre frère, et veut leur donner le royaume; il faut que tu viennes promptement à Paris, et que, réunis tous deux en conseil, nous déterminions ce que nous devons faire de ces enfants, si on leur coupera les cheveux, comme au reste du peuple, ou si, après les avoir tués, nous partagerons par moitié le royaume de notre frère. Satisfait de cette proposition, Clotaire arriva à Paris. Childebert avait déjà fait dire dans le peuple que les deux rois étaient résolus à élever les enfants au trône. Ils envoyèrent donc, en leur nom, dire à Clotilde, qui demeurait aussi à Paris: Envoie-nous les enfants, pour que nous les élevions au trône. Remplie de joie, et ne se doutant pas de leur ruse, Clotilde, après avoir fait boire et manger les enfants, les envoya en disant: Je croirai n'avoir pas perdu mon fils, si je vous vois succéder à son royaume. Les enfants étant partis, furent arrêtés aussitôt et séparés de leurs serviteurs et de leurs gouverneurs: ensuite on les enferma séparément, d'un côté les serviteurs, de l'autre les enfants. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent Arcadius à la reine, portant des ciseaux et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la reine, il les lui montra, et lui dit: Tes fils nos seigneurs, très-glorieuse reine, attendent que tu leur fasses connaître ta volonté sur la manière dont il faut traiter ces enfants; ordonne qu'ils vivent les cheveux coupés, ou qu'ils soient égorgés. Consternée et pleine de colère en voyant l'épée et les ciseaux, Clotilde se laisse aller à son indignation, et, ne sachant dans sa douleur ce qu'elle disait, elle répondit avec imprudence: «Si on ne les élève pas sur le trône, j'aime mieux les voir morts que tondus.»
Arcadius, s'inquiétant peu de sa douleur, et ne cherchant pas à deviner quelle serait ensuite sa volonté, revint à la hâte vers ceux qui l'avaient envoyé et leur dit: «Vous pouvez continuer avec l'approbation de la Reine ce que vous avez commencé, car elle veut que vous donniez suite à vos projets.» Aussitôt Clotaire, prenant l'aîné des enfants par le bras, le jette à terre, et, lui plongeant son couteau dans l'aisselle, le tua cruellement. A ses cris, son frère se jeta aux pieds de Childebert, et, lui prenant les genoux, lui disait en pleurant: «Secours-moi, mon bon père, afin que je ne meure pas comme mon frère.» Alors Childebert, fondant en larmes, dit à Clotaire: «Je te prie, mon cher frère, d'avoir la générosité de m'accorder sa vie; et si tu veux ne pas le tuer, je te donnerai, pour le racheter, tout ce que tu voudras.» Mais Clotaire l'accabla d'injures et lui dit: «Repousse-le loin de toi ou tu mourras sûrement à sa place; c'est toi qui m'as poussé à cette affaire, et tu es bien prompt à reprendre ta foi.» Alors Childebert repoussa l'enfant et le jeta à Clotaire, qui lui enfonça son couteau dans le côté et le tua, comme il avait fait de son frère. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les gouverneurs; et après leur mort, Clotaire, montant à cheval, s'en alla avec Childebert dans les faubourgs, sans se préoccuper du meurtre de ses neveux.