Clotilde ayant fait poser ces petits corps sur un brancard, les conduisit avec beaucoup de chants pieux et une grande douleur, à l'église de Saint-Pierre, où on les enterra tous deux de la même manière. L'un des deux avait dix ans, et l'autre sept.

Ils ne purent prendre le troisième, Clodoald, qui fut sauvé par le secours de braves guerriers. Dédaignant un royaume terrestre, il se consacra à Dieu, et, s'étant coupé les cheveux de sa propre main, il fut fait clerc. Il persista dans les bonnes œuvres et mourut prêtre.

Les deux rois partagèrent entre eux également le royaume de Clodomir. La reine Clotilde déploya tant et de si grandes vertus, qu'elle se fit honorer de tous. On la vit toujours empressée de faire l'aumône, et demeurer pure par sa chasteté et sa fidélité à toutes les choses honnêtes. Elle pourvut les domaines des églises, les monastères et tous les lieux saints de ce qui leur était nécessaire, distribuant ses largesses avec générosité; en sorte que, dans le temps, on ne la considérait pas comme une reine, mais comme une servante du Seigneur, toute dévouée à son service. Ni la royauté de ses fils, ni l'ambition du siècle, ni le pouvoir, ne l'entraînèrent à sa ruine, mais son humilité la conduisit à la grâce.

Grégoire de Tours, Histoire des Franks, liv. III.

BRUNEHAUT ET GALSUINTHE.
566.

Le roi Sigebert, qui voyait ses frères prendre des femmes indignes d'eux, et épouser, à leur honte, jusques à leurs servantes, envoya des ambassadeurs en Espagne, avec beaucoup de présents, pour demander en mariage Brunehaut, fille du roi Athanagild. C'était une jeune fille de manières élégantes, d'une belle figure, honnête et de mœurs pures, de bon conseil et d'une conversation agréable. Son père consentit à l'accorder, et l'envoya au roi avec de grands trésors; et celui-ci, ayant rassemblé les leudes et fait préparer des siéges, la prit pour femme avec joie et fit de grandes réjouissances. Elle était soumise à la croyance des Ariens; mais les prédications des prêtres et les conseils du roi lui-même la convertirent; elle confessa la Trinité une et bienheureuse, reçut l'onction du saint Chrême, et, par la vertu du Christ, persévéra dans la foi catholique.

Le roi Chilpéric, qui avait déjà plusieurs femmes, voyant ce mariage, demanda Galsuinthe, sœur de Brunehaut, promettant par ses ambassadeurs que, s'il pouvait avoir une femme égale à lui et de race royale, il répudierait toutes les autres. Le père accepta ses promesses, et lui envoya sa fille, comme il avait envoyé l'autre, avec de grandes richesses. Galsuinthe était plus âgée que Brunehaut. Quand elle arriva vers le roi Chilpéric, il la reçut avec beaucoup d'honneurs et l'épousa. Il l'aimait beaucoup et avait reçu d'elle de grands trésors; mais la discorde s'éleva entre eux à cause de Frédégonde, que le roi avait eue auparavant pour concubine. Galsuinthe avait été convertie à la foi catholique et avait reçu le saint Chrême. Elle se plaignait de recevoir du roi des outrages continuels, et de vivre auprès de lui sans honneur. Elle lui demanda donc de pouvoir retourner dans son pays, lui laissant toutes les richesses qu'elle avait apportées. Chilpéric dissimula avec adresse, l'apaisa par des paroles de douceur, et ordonna enfin à un domestique de l'étrangler; puis on la trouva morte dans son lit. Après sa mort Dieu fit un grand miracle, car une lampe qui brûlait devant son sépulcre, suspendue à une corde, tomba sur le pavé, la corde s'étant cassée sans que personne y touchât; en même temps la dureté du pavé disparaissant, la lampe s'enfonça tellement dans cette matière amollie, qu'elle y fut à moitié enterrée sans être brisée, ce qu'on ne put voir sans y reconnaître un grand miracle. Le roi pleura sa mort, puis épousa Frédégonde quelques jours après.

Grégoire de Tours, Histoire des Franks, liv. IV.

COMMENT LE ROI CHILPÉRIC DOTA SA FILLE RIGONTHE.
584.