Par ce caractère des Gaulois, on peut expliquer la facilité de leurs émigrations. Dans leurs expéditions, ils marchaient tous à la fois, ou plutôt ils se transportaient ailleurs avec leurs familles, toutes les fois qu'ils étaient chassés par des ennemis supérieurs en force. Aussi ont-ils moins coûté de peine à vaincre aux Romains que les Ibères[9]. La raison en est que les Gaulois combattant en grand nombre à la fois, leurs échecs devenaient des défaites générales, au lieu que les Ibères, pour ménager leurs forces, morcelaient pour ainsi dire la guerre en plusieurs petits combats qu'ils livraient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, à la manière des brigands. Tous les Gaulois sont naturellement bons soldats; mais ils se battent mieux à cheval qu'à pied. Aussi les Romains tirent-ils de la Gaule leur meilleure cavalerie. Les plus vaillants d'entre les Gaulois sont ceux qui habitent vers le Nord et près de l'Océan. Les Belges, surtout, passent pour être les plus braves. Seuls ils ont soutenu les incursions des Germains, des Cimbres et des Teutons. Les Belges les plus vaillants sont les Bellovaques[10] et les Suessons[11]. La Belgique est si peuplée, qu'on y comptait autrefois[12] jusqu'à trois cent mille hommes en état de porter les armes.
Les Gaulois laissent croître leurs cheveux[13]; ils portent des saies[14] et couvrent leurs extrémités inférieures de hauts-de-chausses[15]; leurs tuniques sont fendues, descendent jusqu'au-dessous des reins et ont des manches. La laine des moutons de la Gaule est rude, mais longue; on en fabrique des saies à poils. Néanmoins on entretient, même dans les parties septentrionales, des troupeaux de moutons qui donnent une assez belle laine, par le soin qu'on a de les couvrir avec des peaux.
L'armure des Gaulois est proportionnée à leur taille. Un long sabre leur pend au côté droit; leurs boucliers aussi sont fort longs, et leurs lances à proportion. Ils portent de plus une espèce de pique qu'on nomme mataris, et quelques-uns font usage de l'arc et de la fronde. Ils se servent encore d'un trait en bois, semblable au javelot des Romains, qu'ils lancent de la main, et non par le moyen d'une courroie, à de plus longues distances que ne porterait une flèche; cette arme leur sert surtout pour la chasse des oiseaux.
La plupart des Gaulois conservent encore aujourd'hui l'usage de coucher à terre, et celui de prendre leurs repas assis sur la paille. Leur nourriture ordinaire est du lait et des viandes de toute espèce, mais particulièrement du cochon, tant frais que salé. Leurs cochons restent en pleine campagne et l'emportent sur ceux des autres pays pour la taille, la force et la vitesse; au point qu'ils sont aussi à craindre que les loups, pour les personnes qui n'ont pas coutume d'en approcher.
Les Gaulois habitent des maisons vastes, construites avec des planches et des claies, et terminées par un toit cintré et couvert d'un chaume épais. Ils possèdent un si grand nombre de troupeaux de moutons et de cochons, qu'ils fournissent non-seulement Rome, mais l'Italie presque entière de saies et de porc salé.
La plupart des peuples de la Gaule avaient autrefois un gouvernement aristocratique; tous les ans on choisissait un gouverneur et un général que le peuple nommait pour le commandement des troupes.
Dans leurs assemblées, les Gaulois observent un usage qui leur est particulier. Si quelqu'un trouble ou interrompt celui qui a la parole, un huissier s'avance, l'épée à la main, et lui ordonne avec menaces de se taire; s'il persiste à troubler l'assemblée, l'huissier répète ses menaces une seconde, puis une troisième fois, et enfin s'il n'est point obéi, il lui coupe du manteau un assez grand morceau pour que le reste ne puisse plus servir.
Quant aux occupations des deux sexes, distribuées chez les Gaulois d'une manière opposée à ce qui se fait parmi nous[16], cet usage leur est commun avec beaucoup d'autres peuples barbares.
Chez presque tous les Gaulois, il y a trois sortes de personnes qui jouissent d'une considération particulière, ce sont les bardes[17], les devins et les druides[18]. Les bardes composent et chantent des hymnes; les devins s'occupent des sacrifices et de l'étude de la nature; et les druides joignent à cette étude celle de la morale. On a si bonne opinion de la justice des druides, qu'on s'en rapporte à leur jugement sur les procès, tant particuliers que publics. Autrefois ils étaient même les arbitres des guerres, qu'ils réussissaient souvent à apaiser au moment où l'on était prêt à en venir aux mains. C'étaient surtout les accusés de meurtre qu'ils avaient à juger. Les druides croient que les âmes sont immortelles, et qu'il y aura des époques dans lesquelles le feu et l'eau prendront le dessus tour à tour.
A leur franchise et à leur vivacité naturelle, les Gaulois joignent beaucoup d'imprudence, d'ostentation et d'amour pour la parure. Tous ceux qui sont revêtus de quelque dignité portent des ornements d'or, tels que des colliers, des bracelets et des habits de couleur travaillés en or. L'inconstance de leur caractère fait qu'ils se vantent d'une manière insupportable de leurs victoires, et qu'ils tombent dans la plus grande consternation lorsqu'ils sont vaincus.