Ils ont en outre, ainsi que la plupart des peuples septentrionaux, des coutumes étranges qui annoncent leur barbarie et leur férocité. Tel est, par exemple, l'usage de suspendre au cou de leurs chevaux, en revenant de la guerre, les têtes des ennemis qu'ils ont tués, et de les exposer ensuite en spectacle attachées au-devant de leurs portes. Posidonius[19] dit avoir été témoin, en plusieurs endroits, de cette coutume qui l'avait d'abord révolté, mais à laquelle il avait fini par s'habituer. Lorsque parmi ces têtes, il s'en trouvait de quelques hommes de marque, ils les embaumaient avec de la résine de cèdre[20], les faisaient voir aux étrangers, et ils refusaient de les vendre même au poids de l'or.

Cependant les Romains les ont obligés de renoncer à cette cruauté, comme aux usages qui regardent les sacrifices et les divinations, usages absolument opposés à ce qui se pratique parmi nous. Tel était, par exemple, celui d'ouvrir d'un coup de sabre le dos d'un homme dévoué à la mort, et de tirer des prédictions de la manière dont la victime se débattait. Ils ne faisaient les sacrifices que par le ministère des druides[21]. On leur attribue encore diverses autres manières d'immoler des hommes, comme de les percer à coups de flèche, ou de les crucifier dans leurs temples. Quelquefois ils brûlaient des animaux de toute espèce, jetés ensemble avec des hommes dans le creux d'une espèce de colosse fait de bois et de foin[22].

Strabon, Géographie, liv. IV, ch. 4.

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Les Gaulois sont d'une taille élevée, ont la carnation molle, la peau blanche et les cheveux naturellement blonds; ils cherchent même par diverses préparations à augmenter cette couleur propre à la chevelure, qu'ils lavent habituellement avec une lessive de chaux. Ils relèvent droit les cheveux du front sur le sommet du crâne, et les rejettent ensuite en arrière vers le chignon du cou, de manière qu'ils rappellent assez la figure des Satyres et des Faunes. Par ce moyen, ils parviennent à épaissir leur chevelure à un tel point qu'elle ne diffère presqu'en rien de la crinière des chevaux. Les uns se coupent la barbe entièrement, d'autres en conservent une partie. Les nobles se rasent les joues, mais laissent croître leurs moustaches si longues qu'elles leur couvrent entièrement la bouche; aussi, lorsqu'ils mangent, les poils se remplissent des débris des aliments, et ce qu'ils boivent ne leur parvient, pour ainsi dire, qu'à travers un filtre. Ils prennent leur repas assis, non sur des siéges, mais à terre, où des peaux de chiens ou de loups leur tiennent lieu de coussins, et se font servir par des enfants de l'un ou de l'autre sexe, qui remplissent ces fonctions jusqu'à l'adolescence. Près du lieu où ils mangent, sont des fourneaux remplis de feu, qui portent ou des chaudières ou des broches chargées de grosses pièces de viande. Ils font hommage des meilleurs morceaux aux hôtes les plus distingués.

Les Gaulois invitent aussi les étrangers à leurs festins, et ne leur demandent qui ils sont, et quelles affaires les attirent, qu'après qu'ils ont mangé. Mais dans leurs repas même, les convives ont l'habitude, pour peu qu'une dispute de paroles s'engage entre eux, de se lever sur-le-champ et de se provoquer réciproquement en combat singulier, tant ils font peu de cas de leur vie. Ce mépris de la mort tient à ce que les Gaulois sont fortement attachés à la doctrine de Pythagore, qui enseigne que les âmes des hommes sont immortelles, et que chacun doit, après un certain nombre d'années déterminé, revenir à la vie, l'âme se revêtant à cette époque d'un autre corps. C'est aussi d'après cette opinion, que dans les funérailles quelques-uns ont adopté l'usage d'écrire des lettres à leurs amis défunts, et de les jeter au milieu du bûcher, comme si elles devaient être lues par le mort à qui elles sont adressées.

Dans les voyages et dans les batailles, les Gaulois se servent de chars à deux chevaux qui portent un cocher et un guerrier combattant. Lorsqu'à la guerre ils se trouvent en présence d'un ennemi à cheval, ils commencent par lancer contre lui le javelot, puis ils descendent du char et en viennent au combat à l'épée. Quelques-uns méprisent la mort à un tel point qu'ils courent tous les hasards de la guerre le corps entièrement nu, n'ayant qu'une ceinture autour des reins. Ils mènent avec eux des servants, de condition libre, qu'ils choisissent parmi les pauvres et qui les suivent en campagne, soit comme cochers, soit comme écuyers chargés de porter leurs armes. Lorsque deux armées sont en présence, quelques-uns ont la coutume de se porter en avant du front de bataille, et de défier en combat singulier les plus braves de la ligne opposée, en brandissant leurs armes pour inspirer de l'effroi à l'ennemi. Si l'on répond à cet appel, ils se mettent à chanter les hauts faits de leurs ancêtres et leur propre vaillance, accablent au contraire d'insultes le guerrier qui se présente, et par les discours les plus injurieux cherchent à lui faire perdre courage. Dès qu'un ennemi est tombé, ils lui coupent la tête, qu'ils attachent au cou de leurs chevaux, ou remettent ces dépouilles sanglantes à leurs servants, et entonnent l'hymne de la victoire.

Le vêtement des Gaulois est d'une bizarrerie frappante. Ils portent des tuniques teintes et semées de fleurs de diverses couleurs, des hauts-de-chausses qu'ils nomment braies, et s'attachent sur les épaules avec des agrafes, des saies rayées, d'une étoffe à carreaux de couleur et très-serrés[23], fort épaisse en hiver, et mince en été.

Les Gaulois sont en général d'un aspect effrayant. Dans la conversation leur voix est grave et rude; ils parlent avec brièveté, emploient des expressions figurées et s'énoncent souvent en termes obscurs ou métaphoriques. Ils font un grand usage de l'hyperbole, surtout lorsqu'il s'agit de se vanter eux-mêmes ou de dépriser les autres. Enfin, le ton de leurs discours est hautain, visant à l'élévation et portant souvent une empreinte tragique. Ils ont l'esprit vif, et sont assez susceptibles d'instruction; on trouve même chez eux des poëtes qu'ils appellent bardes, et qui en s'accompagnant sur un instrument semblable à notre lyre, chantent les vers qu'ils ont composés, soit pour célébrer, soit pour diffamer ceux qui en sont le sujet. Ils ont aussi quelques philosophes ou théologiens, jouissant d'une grande considération et connus sous le nom de druides. Ils consultent en outre des devins singulièrement estimés parmi eux, qui prédisent l'avenir d'après le vol des oiseaux ou l'inspection des victimes offertes en sacrifice, et auxquels tout le peuple obéit. Ces devins pratiquent, particulièrement quand il s'agit d'une consultation sur une affaire importante, une coutume tellement hors des idées ordinaires, que l'on a peine à y croire. Ils immolent un homme en le frappant d'un coup d'épée dans la poitrine, et lorsqu'il tombe, ils annoncent l'avenir d'après les circonstances de la chute, les convulsions des membres du mourant, et la manière dont le sang coule, pronostics auxquels ils ajoutent foi, en s'appuyant sur une longue suite d'observations conservées depuis des temps très-reculés. Les Gaulois sont dans l'usage de n'offrir aucun sacrifice sans la présence d'un druide. Comme ils leur croient une connaissance plus précise de la nature de la Divinité et qu'ils les regardent comme ses interprètes, ils supposent que les actions de grâces qu'ils offrent, et leurs prières pour obtenir quelques faveurs, doivent passer par ces prêtres pour arriver aux dieux. Du reste, ce n'est pas seulement dans la paix, mais encore dans la guerre, que les druides savent se faire obéir. Souvent, lorsque des armées étaient déjà rangées en bataille, les glaives tirés et les javelots prêts à s'échapper des mains, on a vu ces prêtres se montrer soudain au milieu des deux lignes, et, tels que les enchanteurs qui, par de magiques accents, charment la fureur des bêtes féroces, calmer d'un mot la rage des combattants.

Les femmes gauloises sont en général très-belles de figure et presque de la même taille que les hommes, et peuvent leur disputer l'avantage de la force. Les enfants viennent au monde pour la plupart avec des cheveux blancs; mais en avançant en âge, leur chevelure change et prend la couleur de celle de leurs pères.