Flavius Vopiscus, dans les écrivains de l'Histoire Auguste.
SAINT DENIS, PREMIER ÉVÊQUE DE PARIS.
Vers 250.
Saint Irénée, successeur de saint Pothin, donna une nouvelle vigueur à l'église des Gaules; mais après son martyre et les terribles persécutions de Septime Sévère et de Dèce, l'église des Gaules se trouva fort affaiblie; on n'y voyait vers le milieu du troisième siècle que peu d'églises et un assez petit nombre de chrétiens. La propagation de l'Évangile dans les Gaules se fit lentement, jusqu'à ce que la miséricorde divine y envoya saint Martin.
L'état des églises des Gaules toucha les saints évêques des pays voisins, et le pape saint Fabien envoya sept évêques prêcher dans les Gaules. Ces sept apôtres furent saint Gatien de Tours, saint Trophime d'Arles, saint Paul de Narbonne, saint Saturnin de Toulouse, saint Denis de Paris, saint Austremoine de Clermont et saint Martial de Limoges. Des six évêques qui vinrent avec saint Denis, ce fut lui qui porta le plus loin la prédication de l'Évangile; car les autres étant demeurés dans les pays plus méridionaux, il s'avança jusqu'à Lutèce, capitale des Parisii, suivi de onze compagnons, parmi lesquels on remarque les saints Éleuthère et Rustique. Une persécution s'étant élevée tout d'un coup contre l'Église, comme on cherchait partout les chrétiens dans l'Occident, les persécuteurs trouvèrent saint Denis à Lutèce, et le prirent avec saint Rustique, prêtre, et saint Éleuthère, diacre. Le préfet Fescennius fit battre de verges le saint apôtre, ainsi que ses compagnons, parce qu'il avait converti beaucoup de gens à la religion chrétienne. Comme il persévérait très-courageusement dans la prédication de la foi du Christ, on le coucha sur un gril sous lequel on avait mis des charbons ardents, et on lui fit en outre endurer beaucoup d'autres supplices en même temps qu'à ses compagnons. Mais les martyrs ayant souffert tous ces divers tourments avec un courage et une joie héroïques, Denis eut avec les autres la tête tranchée, à Montmartre[126].
La tradition nous apprend que ce saint martyr releva sa tête et la porta dans ses mains en faisant deux mille pas. L'on dit qu'il s'arrêta non loin des bords de la Seine, dans l'endroit où depuis, en 638, a été fondée par Dagobert Ier l'abbaye de Saint-Denis, pour y conserver les reliques du saint.
Sainte Geneviève avait déjà fait bâtir en l'honneur de saint Denis une première église, qui fut le théâtre de nombreux miracles et qui fut en très-grande vénération chez les peuples de France du temps de nos premiers rois. On y venait des extrémités du royaume en pèlerinage. On y venait aussi faire serment pour déclarer la vérité des choses qu'on ne pouvait découvrir par les voies ordinaires. Le tombeau du saint y était orné dès lors de meubles précieux et de beaucoup de richesses; c'était un monument bâti en forme de tour, ou plutôt environné de petites tours. Saint Éloi prit plaisir à l'enrichir davantage, et il en fit l'un des plus grands ornements de la France, avant même qu'on parlât d'y bâtir une abbaye. Il semble que cette église eût été choisie dès lors pour le lieu de la sépulture de la famille royale. Au moins trouve-t-on qu'un fils du roi Chilpéric fut enterré avant le règne de Dagobert.
Les honneurs qui se rendaient à saint Denis n'étaient point renfermés dans les limites du diocèse de Paris; il ne serait pas facile de compter le nombre des églises qui furent bâties dans toutes les provinces du royaume en l'honneur du saint, depuis la fondation de l'abbaye, et principalement depuis le neuvième siècle, où l'on reçut l'opinion de ceux qui le prenaient pour Denis l'Aréopagite d'Athènes, converti par saint Paul.
Les rois de France ont toujours honoré saint Denis comme leur patron et comme le protecteur de leur couronne, parce qu'il l'était de la capitale de leur royaume. Ils avaient soin de visiter son tombeau, et ils venaient demander son intercession avec beaucoup de cérémonie quand ils étaient sur le point d'aller à la guerre ou de faire quelque voyage important. Ils y prenaient l'étendard qui devait marcher devant eux; et l'on sait que l'oriflamme, si célèbre dans notre histoire, n'était autre chose que la bannière de l'abbaye de Saint-Denis. Ils le réclamaient dans les combats et les périls; et portant la confiance qu'ils avaient en sa protection jusqu'au tombeau, ils comptaient encore pour un avantage et une faveur particulière que leurs cendres reposassent auprès des siennes. Cette dévotion de nos rois était aussi celle de leur cour et celle de leurs sujets. C'est peut-être ce qui a contribué principalement à faire regarder saint Denis comme le patron et l'apôtre de la France.
Extrait de:
Baillet, Vies des Saints; in-4o, 1739;
Le Nain de Tillemont, Mémoires pour l'histoire de l'Église; in-4o, 1696.