L'esclavage était connu chez toutes ces hordes ameutées contre le Capitole. Cet affreux droit, émané de la conquête, est pourtant le premier pas de la civilisation: l'homme entièrement sauvage tue et mange ses prisonniers: ce n'est qu'en prenant une idée de l'ordre social qu'il leur laisse la vie, afin de les employer à ses travaux.

La noblesse était connue des barbares comme l'esclavage: c'est pour avoir confondu l'espèce d'égalité militaire qui naît de la fraternité d'armes, avec l'égalité des rangs, que l'on a pu douter d'un fait avéré. L'histoire prouve invinciblement que différentes classes sociales existaient dans les deux grandes divisions du sang Scandinave et caucasien. Les Goths avaient leurs Ases ou demi-dieux: deux familles dominaient toutes les autres, les Amaliet les Baltes.

Le droit d'aînesse était ignoré de la plupart des barbares; ce fut avec beaucoup de peine que la loi canonique parvint à le leur faire adopter. Non-seulement le partage égal subsistait chez eux, mais quelquefois le dernier né d'entre les enfants, étant réputé le plus faible, obtenait un avantage dans la succession.

«Lorsque les frères ont partagé le bien de leur père, dit la loi gallique, le plus jeune a la meilleure maison, les instruments de labourage, la chaudière de son père, son couteau et sa cognée.» Loin que l'esprit de ce qu'on appelle la loi salique fût en vigueur dans la véritable loi salique, la ligne maternelle était appelée avant la ligne paternelle dans les héritages et les affaires résultant d'iceux. On va bientôt en voir un exemple à propos de la peine d'homicide.

Le gouvernement suivait la règle de la famille; un roi en mourant partageait sa succession entre ses enfants, sauf le consentement ou la ratification populaire: la loi politique n'était dans sa simplicité que la loi domestique.

Chez plusieurs tribus germaniques la possession était annale; propriétaire de ce qu'on avait cultivé, le fonds, après la moisson, retournait à la communauté. Les Gaulois étendaient le pouvoir paternel jusque sur la vie de l'enfant: les Germains ne disposaient que de sa liberté. Au pays de Galles, le pencénedit, ou chef du clan, gouvernait toutes les familles.

Les lois des barbares, en les séparant de ce que le christianisme et le code romain y ont introduit, se réduisent à des lois pénales pour la défense des personnes et des choses. La loi salique s'occupe du vol des porcs, des bestiaux, des brebis, des chèvres et des chiens, depuis le cochon de lait jusqu'à la truie qui marche à la tête d'un troupeau, depuis le veau de lait jusqu'au taureau, depuis l'agneau de lait jusqu'au mouton, depuis le chevreau jusqu'au bouc, depuis le chien conducteur de meutes jusqu'au chien de berger. La loi gallique défend de jeter une pierre au bœuf attaché à la charrue et de lui trop serrer le joug.

Le cheval est particulièrement protégé: celui qui a monté un cheval ou une jument sans la permission du maître est mis à l'amende de quinze ou de trente sous d'or. Le vol du cheval de guerre d'un Frank, d'un cheval hongre, d'un cheval entier et de ses cavales, entraîne un forte composition[190]. La chasse et la pêche ont leurs garants: il y a rétribution pour une tourterelle ou un petit oiseau dérobé aux lacs où ils s'étaient pris, pour un faucon happé sur un arbre, pour le meurtre d'un cerf privé qui servait à embaucher les cerfs sauvages, pour l'enlèvement d'un sanglier forcé par un autre chasseur, pour le déterrement du gibier ou du poisson cachés, pour le larcin d'une barque ou d'un filet à anguilles. Toutes les espèces d'arbres sont mises à l'abri par des dispositions spéciales: veiller à la vie des forêts[191], c'était faire des lois pour la patrie.

L'association militaire, ou la responsabilité de la tribu et la solidarité de la famille, se retrouvent dans l'institution des cojurants ou compurgateurs: qu'un homme soit accusé d'un délit ou d'un crime, il peut, selon la loi allemande et plusieurs autres, échapper à la pénalité, s'il trouve un certain nombre de ses pairs pour jurer avec lui qu'il est innocent. Si l'accusé était une femme, les compurgateurs devaient être femmes[192].

Le courage étant la première qualité du barbare, toute injure qui en suppose le défaut est punie: ainsi, appeler un homme LEPUS, lièvre; ou CONCACATUS, embrené, amène une composition de trois ou de six sous d'or[193]; même tarif pour le reproche fait à un guerrier d'avoir jeté son bouclier en présence de l'ennemi.