Pour appuyer sa demande, Ataulphe s'empara de Narbonne et de Toulouse. S'étant présenté devant Bordeaux, il y fut reçu comme ami de l'empire. Il marcha ensuite vers Marseille, espérant s'y introduire sous le même titre. Mais pour s'être approché de trop près, il y courut risque de la vie; le gouverneur, ayant fait fermer les portes de la ville, le blessa d'un coup de trait du haut des murs, et l'obligea de se retirer avec honte.

Le roi des Wisigoths s'étant retiré à Narbonne, se consola de ce mauvais succès en épousant Placidie, au mois de janvier 414. La conquête de cette princesse lui avait coûté plus de temps et de peines que celle d'une partie de la Gaule, Constance[219] avait employé à traverser ce projet tout ce qu'il avait de crédit et d'adresse. Il avait tâché de détacher Ataulphe de cette poursuite en lui faisant offrir une princesse sarmate. Placidie elle-même sentit longtemps de la répugnance à s'unir avec un roi barbare. Enfin la passion d'Ataulphe, secondée des vives sollicitations d'un Romain nommé Candidianus, attaché au service de Placidie, et que le roi des Goths avait mis dans ses intérêts, surmonta tous ces obstacles. Les noces furent célébrées à Narbonne, dans la maison d'Ingenius, un des premiers de la ville. Tous les honneurs furent adressés à Placidie. La salle était parée à la manière des Romains; la princesse portait les ornements impériaux, Ataulphe était vêtu à la romaine. Entre autres marques de sa magnificence, il fit présent à sa nouvelle épouse de cinquante pages, qui portaient chacun deux bassins, l'un rempli de monnaies d'or, l'autre de pierreries d'un prix infini. C'étaient les dépouilles de Rome; et ce superbe appareil semblait réunir ensemble les noces d'Ataulphe et les funérailles de l'empire d'Occident. Tout dans cette cérémonie retraçait la fragilité des grandeurs humaines. Attalus, empereur quatre ans auparavant, chanta l'épithalame; il précéda dans cette fonction Rustacius et Phœbadius, poëtes de profession. Les Romains et les Goths, confondus ensemble, célébrèrent cette fête avec une joie unanime.

Une inscription trouvée à Saint Gilles, en Languedoc, prouve qu'Ataulphe et Placidie choisirent pour leur résidence la ville nommée Héraclée, aujourd'hui Saint-Gilles, sur la rive droite du Rhône, entre Nîmes et Arles. La flatterie y est portée à un excès qui annonce la naissance de la barbarie. Ataulphe y est nommé le très-puissant roi des rois, le très-juste vainqueur des vainqueurs. On le loue d'avoir chassé les Vandales; il avait apparemment soutenu quelques guerres contre ces peuples ou contre les Alains restés en Gaule; car tous les barbares étaient compris sous le nom de Vandales.

Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. V.

Le Beau, né à Paris, en 1701, mort en 1778, professeur au Collége de France, publia, en 1757, l'Histoire du Bas-Empire, en 22 vol. in-8o. M. Saint-Martin, érudit et orientaliste distingué, né en 1791, mort en 1832, a donné de l'Histoire de Le Beau une nouvelle édition annotée et complétée, et de beaucoup supérieure à la première.

PHARAMOND.
420.

Il est certainement très-remarquable qu'on ne trouve aucune mention de Pharamond ou Faramond, ni dans Grégoire de Tours, ni dans Frédegaire, les deux plus anciens historiens de notre nation. Ils parlent bien de Marcomir, de Sunnon, de Génobaudes, de Théodemir, et de plusieurs autres chefs plus anciens que Pharamond; mais Clodion, qu'ils appellent Chlogio ou Chlodeo, est le premier de nos rois qu'ils relatent d'une manière positive. La première mention de Pharamond se trouve dans la Chronique intitulée: Gesta regum Francorum, qui paraît avoir été rédigée sous le règne de Thierry IV, vers l'an 720. L'auteur inconnu de cette chronique rapporte donc qu'après la mort de Sunnon, dont il appelle le père Anténor, le conseil général de la notion s'assembla, et, sur l'avis de Marcomir, fils de Priam, les Franks résolurent d'élire un roi. «Ils choisirent le fils même de Marcomir, qui s'appelait Faramond, et l'élevèrent au-dessus d'eux comme roi chevelu.» Cette notion se trouve reproduite dans une foule de chroniques et de généalogies du moyen âge[220] et quelques-unes d'une époque assez moderne; mais la manière dont ces auteurs s'expriment et les termes qu'ils emploient montrent assez qu'ils ont tous copié le même ouvrage, celui que j'ai indiqué. On cite bien un manuscrit de la Chronique de Prosper, continuateur de saint Jérôme, et presque contemporain du temps où vécut Pharamond, où il est dit, sous la 26e année d'Honorius, 420 de J.-C., que Pharamond régna sur la France: mais on ne parle que d'un seul manuscrit où se lise pareille chose, et il est si facile de faire des additions à des ouvrages de cette espèce, et on y en a fait effectivement si souvent, que je ne crois pas qu'on doive réellement faire aucune attention à cette indication. Il est donc vrai de dire que la Chronique des rois franks, que j'ai citée, est le plus ancien monument où il soit question de Pharamond, et il ne remonte pas au delà de l'an 720. En est-ce assez pour regarder comme fabuleuse l'existence de ce personnage? Il faudrait alors supposer que cet auteur en est l'inventeur, ou admettre que c'était dès lors une opinion répandue parmi les Franks; mais dans ce cas-là il y a présomption pour croire à l'existence du premier roi des Franks. Il est certain qu'il est bien difficile de se décider sur ce point. Quoiqu'il en soit, l'histoire des Franks fait mention de quelques individus qui portaient le même nom. C'est une circonstance que l'on n'a pas remarquée, et c'est en même temps un argument en faveur de ceux qui croient à l'existence de ce premier roi de notre nation. Il existe une petite pièce de vers adressée, au sixième siècle par l'évêque de Poitiers, Venance Fortunat (lib. IX, carm. 12.), à un de ses amis nommé Faramund, qui avait la charge de référendaire. En l'an 700 il existait un évêque de même nom, qui est mentionné dans une vie anonyme de Pépin, l'ancien maire du palais (Coll. des Hist. de Fr., t. II, p. 608). Enfin, on trouve en l'an 591 un prêtre de l'église de Paris, mentionné par Grégoire de Tours (liv. X, ch. 26), qui fut ensuite évêque de cette ville, appelé Faramod, nom qu'on doit placer dans la même catégorie.

Saint Martin, note à l'Histoire du Bas-Empire de Le Beau, t. V, p. 469.

CLODION BATTU PAR AÉTIUS.
431[221].