Le Beau, Histoire du Bas-Empire, édition Saint-Martin, t. V.

ÉTABLISSEMENT DES ALEMANS ET DES BURGONDES DANS LA GAULE.
407.

Les Alains, les Suèves et les Vandales s'étant avancés dans l'intérieur de la Gaule, les Alemans et les Burgondes, à leur exemple, passèrent le Rhin pour avoir part au pillage de cette riche contrée. Les Alemans s'emparèrent des bords du fleuve, depuis Bâle jusqu'à Mayence, et demeurèrent en possession de ce pays jusqu'au temps qu'ils en furent chassés par les Franks.

Les Burgondes, sous la conduite de leur roi Gondicaire, se rendirent maîtres de l'Helvétie, aujourd'hui la Suisse, jusqu'au mont Jura. Peu de temps après, ils s'étendirent dans le pays des Séquaniens et des Éduens, jusqu'à la Loire et à l'Yonne. C'est ce qu'on appelle à présent le duché et le comté de Bourgogne. Cette nation puissante et pleine de valeur, avait des mœurs plus douces et plus pacifiques que les autres barbares. Ils traitèrent les peuples conquis avec plus d'humanité. Ils étaient encore païens lorsqu'ils entrèrent dans la Gaule. Instruits par les missionnaires que les évêques des Gaules leur envoyèrent, ils embrassèrent avec docilité la religion chrétienne dans sa pureté; ensuite ils se laissèrent corrompre par le commerce des Goths, qui les infectèrent des erreurs de l'arianisme.

413. Constance marcha contre eux; mais comme ils demandèrent la permission de s'établir dans le pays, ce général, n'osant les réduire au désespoir, conseilla à l'empereur Honorius de leur accorder une partie des contrées dont ils avaient fait la conquête. On leur céda une portion considérable du territoire des Éduens et des Séquaniens, et leur roi Gondicaire fut reconnu pour ami et allié de l'empire.

Le Beau, Histoire du Bas-Empire, t. V.

CONQUÊTE DES WISIGOTHS DANS LA GAULE.
312.

Ataulphe avait succédé à Alaric[217], et il méritait de le remplacer. Il était de petite taille, mais beau et bien fait, de beaucoup d'esprit, ne craignant pas la guerre et aimant la paix. Il racontait lui-même dans la suite qu'après la mort d'Alaric, ayant l'esprit rempli des vastes projets de son prédécesseur, il avait d'abord conçu le désir d'abattre entièrement la puissance et de détruire même le nom des Romains; qu'il se flattait que l'empire ayant changé de face entre ses mains, le nom d'Ataulphe deviendrait aussi célèbre que celui de César Auguste; mais qu'après de mûres réflexions il avait reconnu que les Goths étaient encore trop barbares pour se plier au joug des lois, et que sans lois un État ne pouvant se soutenir, il perdrait sa nation même en la rendant maîtresse des autres; qu'il avait donc pris le parti d'employer ses forces non à détruire, mais à rétablir; et que faute de pouvoir acquérir la gloire de fonder un nouvel empire, il s'était borné à celle d'en relever un ancien qui tombait en ruine. Une passion plus forte dans un jeune prince que les motifs de politique lui inspirait encore des ménagements en faveur d'Honorius. Il aimait Placidie, et de sa captive il désirait en faire son épouse[218]. Mais comme il avait un cœur honnête et généreux, il voulait auparavant gagner celui de la princesse. Sur ce plan, il cherchait à procurer à sa nation un établissement qui coûtât peu à l'empire. Une grande partie de la Gaule était déjà perdue pour les Romains; elle était possédée par des barbares ou par de faibles tyrans; il résolut de s'y retirer avec son armée. Il séjourna donc quelque temps en Italie pour y faire reposer ses troupes, sans leur permettre de nouveaux ravages; il se contenta d'exiger des contributions, et entama dès lors ses négociations avec Honorius. Comme elles traînaient en longueur, il passa en Gaule.

[Ataulphe renverse les tyrans Sébastien et Jovin; il prend le titre d'ami de l'empire, et veut épouser Placidie. Mais l'empereur Honorius refusa de livrer sa sœur à un barbare.]