Ce qu'il importe le plus de remarquer à propos de ce premier gouverneur wisigoth de l'Arvernie, c'est qu'il était non-seulement Gallo-Romain, mais Arverne, et que son choix annonçait, de la part d'Euric, la volonté expresse de laisser à ses nouveaux sujets l'usage des lois et de l'administration romaines.
Du reste, l'occupation de l'Arvernie par Euric ne fut pas si prompte que ceux des Arvernes qui s'étaient le plus compromis envers lui, par leur résistance obstinée, n'eussent le temps de s'enfuir. Plusieurs se dispersèrent de divers côtés, préférant les misères de l'exil à la domination de Barbares hérétiques. Le brave Ecdicius se réfugia à la cour de l'un des deux rois burgondes. Sidoine Apollinaire n'était pas moins compromis que lui; mais il ne crut pas qu'il lui fût permis d'abandonner son église, et il attendit avec résignation la sentence d'Euric à son sujet. Elle ne fut pas aussi rigoureuse qu'il aurait pu le craindre; il fut momentanément envoyé en exil à Livia, sur les frontières de la Gaule et de l'Espagne.
Fauriel, Histoire de la Gaule Méridionale, t. I, p. 324.
Fauriel, né en 1772, à Saint-Etienne, mort en 1844, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, est l'un des historiens critiques les plus éminents de notre époque. Son Histoire de la Gaule méridionale sous les conquérants Germains (4 vol. in-8o, 1836) est son principal ouvrage: on lui doit encore une Histoire de la poésie provençale (3 vol. in-8o, 1846).
EURIC, ROI DES WISIGOTHS.
466-483.
Il est fâcheux que l'histoire ait laissé dans une obscurité si profonde tout ce qui tient aux relations de ce chef avec diverses nations barbares, germaniques ou autres, dont il paraît qu'il était devenu le patron et l'arbitre. Cassiodore[245] dit en termes formels qu'il avait puissamment aidé de ses subsides les rois des Varnes, des Hérules et des Thuringiens, et fait cesser la guerre que leur avaient déclarée leurs voisins. D'autres écrivains font allusion à ses victoires sur les Sicambres de la confédération franque et sur les tribus barbares des bords du Wahal, qui étaient aussi, selon toute apparence, des tribus franques[246]. Mais si obscures et si incomplètes que soient sur toutes ces choses les indications des historiens, elles suffisent néanmoins pour constater qu'Euric était le roi le plus puissant de son époque, et que sa cour était devenue une espèce de centre autour duquel s'agitaient, comme pour se rallier ou chercher un point d'appui, les parties disloquées de l'empire d'Occident.
Il y a dans Sidoine une lettre curieuse qui peut aider à éclaircir un peu ces indices historiques, et dont, par cette raison, je crois bien faire de donner quelques extraits.
Euric, en prenant possession de la province et de la capitale des Arvernes, avait relégué Sidoine Apollinaire à Livia, dans la Cerdagne. Il paraît que cet exil ne fut pas long, et que le digne évêque obtint aisément d'Euric l'autorisation de retourner à son siége. Il en reprit aussitôt le chemin (477); mais il lui fallut passer par Bordeaux pour y voir le roi, qui s'y trouvait, soit qu'il ne voulût que le remercier de sa délivrance, soit qu'il eût à traiter avec lui de quelque affaire. Deux mois se passèrent avant qu'Euric pût lui donner audience.
Ce fut pour abréger un peu ce long intervalle d'attente et d'oisiveté que Sidoine écrivit à Lampridius, le rhéteur alors le plus fameux de Bordeaux, une lettre curieuse pour l'histoire littéraire de l'époque, accompagnée d'une pièce de vers plus curieuse encore comme document historique[247]. C'est un tableau de la cour d'Euric.
Ce roi, si occupé de guerre, de conquêtes et de sa prépondérance politique au dehors, fit plus qu'aucun de ses prédécesseurs pour la culture morale et sociale de son peuple. Jusqu'à lui les Wisigoths n'avaient été gouvernés que par des usages traditionnels; il leur donna le premier des lois écrites, qui furent comme le noyau ou le germe du code méthodique et complet auquel travaillèrent après lui la plupart de ses successeurs, et si connu sous le nom de code des Wisigoths.