Comment maistre Robert le Coq, evesque de Laon, prescha en parlement, de par les gens des trois estas, comment les officiers du roy devoient estre privés de leurs offices.

Le vendredi, troisiesme jour du moys de mars ensuivant, furent assemblés au palais royal, en la chambre de parlement, en la présence de monseigneur le duc de Normendie, du conte d'Anjou et du conte de Poitiers, ses frères, et de plusieurs autres nobles, gens d'Église et gens de bonnes villes, jusques à tel nombre que toute ladite chambre en estoit plaine. Et prescha messire Robert le Coq, evesque de Laon, et dit que le roy et le royaume avoient esté au temps passé mal gouvernés, dont moult de meschiefs estoient advenus tant audit royaume comme aux habitans d'içeluy, tant en mutacions de monnoies comme par prises, et aussi par mal administrer et gouverner les deniers que le roy avoit eus du peuple, dont moult grandes sommes avoient esté données par plusieurs fois à plusieurs qui mal desservi l'avoient.

Et toutes ces choses avoient esté faites, si comme disoit l'evesque, par le conseil des dessus nommés chancelier et autres qui avoient gouverné le roy au temps passé. Dit lors encore ledit evesque que le peuple ne povoit plus souffrir ces choses; et pour ce avoient délibéré ensemble que les dessus nommés officiers et autres que il nommeroit lors,—tant que sur le tout ils furent vint-deux dont les noms suivent: maistre Pierre de la Forest, lors cardinal et chancelier de France; monseigneur Simon de Bucy; maistre Jehan Chalemart; maistre Pierre d'Orgemont, président en parlement; monseigneur Nicolas Bracque et Jehan Poillevilain, maistres de la chambre des comptes et souverains maistres des monnoies; Enguéran du Petit-Célier et Bernart Fremaut, trésoriers de France; Jehan Chauveau et Jacques Lempereur, trésoriers des guerres; maistre Estienne de Paris, maistre Pierre de la Charité et maistre Ancel Choquart, maistres des requestes de l'ostel du roy; monseigneur Robert de Lorris, chambellan du roy; monseigneur Jehan Taupin, de la chambre des enquestes; Geoffroy le Masurier, eschançon dudit monseigneur le duc de Normendie; le Borgne de Beausse, maistre d'escurie dudit monseigneur le duc; l'abbé de Faloise, président en la chambre des enquestes; maistre Robert de Preaux, notaire du roy; maistre Regnault d'Acy, avocat du roy en parlement; Jehan d'Auceurre, maistre de la chambre des comptes; Jehan de Behaigne, varlet dudit monseigneur le duc,—seroient privés de tous offices royaux perpétuelment, dont il y avoit aucuns présidens en parlement, aucuns maistres des requestes en l'ostel du roy; aucuns maistres de la chambre des comptes et aucuns autres officiers de l'ostel dudit monseigneur le duc, si comme dessus est dit. Et requist ledit evesque audit monseigneur le duc que dès lors il voulsist priver les vint-deux dessus nommés comme dit est; et toutesvoies n'avoient-ils esté appellés né oïs en aucune manière; et si n'avoient plusieurs de iceux et la plus grant partie esté accusés d'aucune chose, né contre iceux dit né proposé aucune villenie; et si estoient plusieurs d'iceux officiers à Paris, lesquels l'on povoit chascun jour veoir et avoir qui aucune chose leur voulsist dire ou demander.

Item, requist encore ledit evesque que tous les officiers du royaume de France fussent suspendus, et que certains réformateurs feussent donnés, lesquels seroient nommés par les trois estas qui auroient la cognoissance de tout ce que l'on vouldroit demander auxdis officiers et contre iceux dire et proposer. Item, requist encore ledit evesque que bonne monnoie courust telle que lesdis trois estas ordeneroient, et plusieurs autres requestes fist.

Lors, un chevalier appelé monseigneur Jehan de Péquigny, pour et au nom des nobles, advoua ledit évesque; et un avocat d'Abbeville appelé Nicholas le Chauceteur l'advoua au nom des bonnes villes; et aussi fist Estienne Marcel, prévost des marchans de Paris. Et offrirent, au nom des trois estas dessus dis, audit monseigneur le duc trente mille hommes d'armes, lesquels ils paieroient par leurs mains et par ceux qu'ils y ordeneroient. Et pour avoir la finance à ce faire, ils avoient ordené certain subside, c'est assavoir: Que les gens d'églyse paieroient dixiesme et demy de toutes revenues, les nobles aussi dixiesme et demy; c'est assavoir de cent livres de terre quinze livres. Et les gens des bonnes villes feroient de cent feus un homme d'armes; c'est assavoir demi-escu de gaige pour chascun jour. Mais pour ce que ils ne savoient pas encore combien ladite finance pourroit monter, né sé elle souffiroit à paier les trente mille hommes d'armes dessus dis, ils requistrent que ils peussent rassembler à la quinzaine de Pasques ensuivant; et entre deux, ils feroient savoir combien ladite finance pourroit monter. Et se ils trouvoient à ladite quinzaine que ladite finance ne souffisist, ils la croistroient. Et aussi ils requistrent que depuis ladite quinzaine ils peussent rassembler deux fois, quant bon leur sembleroit, jusques au quinziesme jour du moys de février ensuivant. Lequel duc de Normendie leur ottroia toutes leurs requestes, tant les dessus escriptes comme les autres, et par ce tindrent que les vint-deux officiers dont dessus est faite mencion estoient privés, et demoureroient les autres officiers souspendus par telle manière que, en ladite ville de Paris, l'on ne tint point de jusridicion jusques au lundi ensuivant que le prévost fust restitué en son office. Et du parlement fust ordené par ceux du grant conseil qui avoient esté esleus par les dessus dis trois estas le vendredi ensuivant, et en ostèrent plusieurs de ceux qui en estoient par avant, tant que sur le tout ils n'y en laissièrent, que en présidens que en autres, que seize ou environ. Et de la chambre des comptes ostèrent tous les maistres qui y estoient, tant clers comme lais, qui estoient quinze en nombre, et y en mistrent quatre tous nouveaux, deux chevaliers et deux lais.

Mais quant ils y orent esté un jour, ils alèrent par devers le grant conseil et leur distrent qu'il convenoit que l'on y méist de ceux qui autrefois y avoient esté, pour leur monstrer le fait de ladite chambre; et pour ce y mist-l'on par provision quatre des anciens, avec les quatre nouveaux dessus dis.

Du traictié et des trièves qui furent prises à Bourdeaux entre le roy de France et le prince de Gales.

Le samedi, dix-huitiesme jour dudit moys de mars, fut traictiée paix à Bourdeaux, entre le roy de France, qui encore y estoit prisonnier, et le prince de Gales.

La manière dudit traictié fut tenue secrète pour ce que en icelle estoit réservée la volenté du roy d'Angleterre. Mais pour aucunes choses qui à ce les murent, ils pristrent trièves générales de Pasques ensuivant jusques à deux ans. Et envoia ledit prince les prisonniers qu'il avoit en France, et ordena d'emmener le roy de France en Angleterre pour parfaire ledit traictié.

Item, le dimanche vint-sixiesme jour dudit moys de mars, fut la monnoie publiée à Paris, par l'ordenance des gens des trois estas, c'est assavoir: un mouton d'or courant pour vingt-quatre sous parisis, et demi-moutons qui lors furent fais nouviaux pour douze sous parisis; deniers blans à la couronne pour dix deniers tournois: et les autres monnoies qui lors furent faites.