Des lettres qui furent apportées à Paris de par le roy de France, lesquelles furent publiées, en faisant deffense que les trois estas ne s'assemblassent à la journée dessus dite.

Le mercredi après Pasques flories, qui fut le quint jour du moys d'avril, furent criées et publiées par Paris, par lettres ouvertes et mandement du roy, les trièves dont est dessus faite mencion. Et aussi fut crié et publié que le roy ne vouloit pas que l'on paiast le subside qui avoit esté ordené par lesdis trois estas, dont est faite mencion; et aussi il ne vouloit pas que les trois estas se rassemblassent à la journée par eux ordenée à la quinzaine de Pasques né à autres, dont le peuple de Paris fut moult esmeu, par espécial contre l'archevesque de Sens, contre le conte d'Eu, cousin germain du roy, et contre le conte de Tancarville, qui les lettres du roy ès quelles les choses dessus dites estoient contenues avoient apportées de Bourdeaux, et auxquels le roy avoit enchargié de les faire publier avec plusieurs autres choses que l'on leur avoit commises, et chargiées à faire.

Et disoit la plus grant partie du peuple de Paris que c'estoit fausseté et traïson de publier que lesdites trièves fussent données né accordées; et de empescher ladite assemblée des trois estas né à lever ledit subside. Et par la commocion et desroy qui fut lors en ladite ville, il convint que ledit archevesque et conte s'en alassent assez hastivement; lesquels se absentèrent. Et pour ce que aucuns disoient qu'ils estoient moult dolens de la villenie qui leur avoit esté faite, et que pour ce ils assembloient gens d'armes et avoient entencion et volenté de gréver aucuns de ceux de Paris, l'on fist garder soigneusement ladite ville, tant de jour comme de nuit; et n'y avoit de la partie devers Grant-Pont que trois portes ouvertes de jour; et de nuit elles estoient closes toutes.

Item, le samedi ensuivant, la veille de Pasques les grans, qui fut le huitiesme jour d'avril, fut crié et publié par Paris que l'on leveroit ledit subside et que les trois estas se rassembleroient à ladite quinzaine de Pasques, nonobstant ledit cri qui avoit esté le mercredi précédent. Et ordena ledit duc de Normendie que l'on féist ledit cri, par le conseil ou contrainte des dessus dis trois estas, c'est assavoir: dudit evesque de Laon qui estoit principal gouverneur desdis trois estas, du prévost des marchans et de aucuns autres.

En quel temps le roy de France arriva en Angleterre.

L'an de grace mil trois cens cinquante-sept, le mardi après Pasques, qui fut le onziesme jour du moys d'avril, fist le devantdit prince de Gales ledit roy de France entrer en mer à Bourdeaux, pour le mener en Angleterre; et y arrivèrent le quatriesme jour de may ensuivant. Et fut ledit roy mené à Londres et y entra le vint-quatriesme du moys de may. Et avint que, en alant et chevauchant, le roy d'Angleterre encontra le roy de France aux champs, auquel ledit roy d'Angleterre fist moult grant honneur et révérence, et parla à luy moult longuement. Et après passa oultre en son chemin. Et le roy de France et le prince de Gales s'en alèrent à Londres, là où le roy de France fut tenu prisonnier si largement comme il vouloit; car il avoit ses gens, tels et tant comme il vouloit; et aloit chacier et esbatre toutes fois qu'il luy plaisoit, et estoit en un moult bel ostel, dehors ladite ville de Londres, appellé Savoie, et estoit au duc de Lenclastre.

Comment la puissance inique des trois estas déclina et vint à néant.

Environ la Magdaleine ensuivant, les ordenés par les trois estas, tant du grant conseil des généraux sur le fait du subside, comme les réformateurs, commencièrent à décliner et leur puissance à apeticier. Car la finance que ils avoient promise ne fut pas si grande de plus de dix pars et les laissièrent les nobles, et ne vouldrent point paier, né les gens d'Eglyse aussi. Et aussi plusieurs des bonnes villes qui cognurent et apperceurent l'iniquité du fait desdis gouverneurs principaux, qui estoient dix ou douze ou environ, se déportèrent de leur fait et ne vouldrent paier.

Et l'archevesque de Rains, qui par avant avoit esté l'un des plus grands maistres, fit tant que il fut principal au conseil de monseigneur le duc. Et furent presque tous ceux qui avoient esté mis hors de leurs offices remis en leurs estas, excepté les nommés vint-deux, jasoit ce que aucuns d'iceux n'en laissassent oncques leurs estas.

De la deffense que monseigneur le duc de Normendie fist au prévost des marchans et à autres qui usurpoient la puissance de gouverner le royaume de France.